REVUE POLITIQUE attention sur l'illégalité du procès; il paraît laisser dans l'ombre la contradiction des e>;pertises officielles sur le bordereau. Il se borne à relever le faux d'Henry en demandant à la cour s'il constitue juridiquement un fait nouveau, et il espère que celle-ci déclarera la demande de révision non recevable. Que M. Sarrien prenne garde: ce jeu savant et subtil ne lui réussira pas. S'il s'imagine que même une décision négative de la cour de cassation arrêtera le mouvement, et qu'il pourra se retourner vers le pays d'un petit air détaché et sournois en disant : la Loi a parlé, il se trompe. Ce nouveau déni de justice ne fera qu'exaspérer la conscience publique. Elle saura bien trouver d'autres voies légales, et si celles-ci sont fermées, c'est une situation révolutionnaire qui apparaîtra. Il sera démontré que, dans la société d'aujourd'hui, avec ies classes dirigeantes d'aujourd'hui, aucune institution, aucun organe légal ne peut réparer une monstrueuse injustice, et c'est la conscience elle-même qui sera à l'état de révolution. Ce jour-là le parti socialiste a vraiment un bien grand et bien beau rôle à jouer. Il se tournera vers le monde d'aujourd'hui et il lui dem:indera: Où est ta justice? Où sont tes moyens de vérité ? Je ne sais si le ministère radical résistera à cette crise, née de ses hésitations, de ses faiblesses, des sournoises contradictions qu'il porte en lui-même. Mais je sais bien que dans toutes les consciences droites la société d'aujourd'hui n'y résistera pas. C'est chose grave pour une société que <le créer le désespoir de la conscience. Ainsi les conséquences de l'affaire Dreyfus vont se développant presque à l'infini. Et je m'étonne que quelques-uns de nos amis n'en aient pas entrevu d'abord la vertu révolutionnaire. Il n'y a que les faits qui soient vraiment révolutionn:iircs. Celui-ci ébranle jusque dans ses bases la société bourgeoise. Et il oblige tous les partis à une sorte de révision de leurs principes. Le départ de M. Cavaignac est pour le parti radical une crise profonde. En fait, sous le nom de radicalisme, deux conceptions très différentes et presque opposées se confondaient vaguement et se heurtaient. D'un côté, il y a le radicalisme idé:iliste qui continu~ la tradition ou tout au moins les formules de la Révolution bourgeoise, qui affinne vraiment l'égalité de tous les citoyens sans distinction de religion et de race et qui prépare la liberté intellectuelle du genre humain affranchi de la tutelle de l'Église et du dogme. Ce rndicalisme, héritier de l'idéalisme révolutionnaire, est selon nous inefficace: c:ir il oublie qu'il faut donner un fondement social, par la transformation de l:i propriété, à l'égalité juridique et à la liberté intellectuelle des hommes. Mais du moins, en mettant au-dessus de tout la personne humaine, il nous défend contre les retours offensifs de l'Eglise et de la contre-révolution. Mais ce radicalisme idéaliste, faute d'une base économique, risquait
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==