La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE progressiste contre les féodaux, les agrariens et les antisémites. Cc ne sont pas les socialistes qui doivent s'alarmer de cette intervention du socialisme dans une mêlée bourgeoise; c'est la bourgeoisie elle-même. Car il est démontré maintenant, par l'histoire même, que la bour- · geoisie est impuissante a conserver les conquêtes de sa Révolution sans le concours d'une nouvelle classe révolutionnaire. Or quand la classe possédante et dirigeante a besoin, pour sauver son propre principe, de l'aide de la classe ennemie, elle est perdue, comme un pays qui ne peut plus maintenir l'ordre sur son territoire qu'en appelant l'étranger. Le socialisme occupe en ce moment le territoire de la Révolution bourgeoise. Et il sera le seul à donner aux scandales militaristes toute leur signification et portée. Au fond, c'était là le sentiment de la plupart de nos camarades. Ils ont pu être u11 moment troublés par les obscurités d'une affaire insuffisamment étudiée. 1\fais depuis les aveux d'Henry, le parti est unanime. Il estime tout entier qu'il n'y a qu'une solution possible. C'est la révision au grand jour. Peu lui importent les procédés légaux, les méthodes juridiques par qui la clarté se fera. Mais il exige la pleine clarté pour que cc soit la France enfin qui soit juge. Est-cc la cour de cassation qui fera la lumière? A coup sûr, les faits nom·caux qui jettent sur tout le procés.Dreyfus une sorte d'ombre sinistre ne manquent pas. Il est démontré que l'homme qui a été témoin important au procés, le colonel Henry, est un faussaire. Il est démontré que du Paty de Clam, l'enquêteur et organisateur du proccs, est un faussaire. Il est démontré qu'entre l'expertise du bordereau au procès Dreyfus et l'expertise du même bordereau au procès Esterhazy, il y a contradiction violente. Et déjà, en des conversations qu'il dément faiblement et sur lesquelles une enquête devrait être ouverte, Esterhazy avoue qu'il est l'auteur du bordereau sur lequel a été juge Dreyfus. A ne consulter que le bon sens et la conscience il est donc évident que le procès Dreyfus est ruiné dans sa base même. Mais la cour de cassation trouvera-t-elle que ces faits ont la forme« juridique» prévue par la loi? Il est possible qu'elle écarte la révision par une fin de non-recevoir. Il est possible qu'elle s'abrite derrière des prétextes de procédure pour ne pas fouiller le nid de vipères où grouillent tant de faux et tant de crimes. Il est possible qu'elle hésite à interroger le géncral Mercier et les juges du conseil de guerre pour savoir officiellement s'il y a eu communication de pièces secretcs. Et à vrai dire, il parait que M. Sarrien n'encourage pas-beaucoup la cour de cassation à ouvrir la rcvision et à faire une enquête. Cet homme plus que prudent a consenti avec peine à saisir la cour de cassation : et il voudrait la dessaisir au plus vite. Il n'a pas appelé son

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