\ REVUE POLITIQUE ploie à faire prendre au sérieux par les populations inertes et dormantes le droit cGnstitutionnel, le droit de suffrage. En Autriche, les socialistes appellent de tous leurs vœux, pour se débarrasser du régime économique du Moyen-Age qui aboutit en Galicie par exemple' à la lutte sanglante des paysans et des Juifs, un développement capitaliste et bourgeois. Et en France même, Guesde rappelait éloquemment le 24 février dernier que les classes dirigeantes de la République n'osaient plus fêter le suffrage universel, qu'elles en avaient peur, et qu'elles laissaient au prolétariat révolutionnaire le soin de le défendre. Il vient une heure où les partis de révolution résument en eux non seulement les espérances de l'avenir, mais les conquêtes du passé, et ils contractent ainsi, à la veille même de leur action décisive, une sorte de légitimité historique profonde. L'intervention du socialisme au profit d'un bourgeois, dépouillé par la bourgeoisie dirigeante des garanties légales, est un de ces actes par lesquels les partis de l'avenir appellent à eux les réserves glorieuses du passé. On dit aussi qu'il y a lutte entre deux fractions bourgeoises, et à bien des égards, cela est vrai. Il est clair que dans l'ensemble labourgeoisie libre penseuse, protestante et juive est d'un côté, la bourgeoisie cléricale de l'autre. Et ces deux catégories bourgeoises se disputent la direction de la République. Mais c'est une raison de plus pour le socialisme d'intervenir. Il doit se féliciter de n'avoir pas en· ce moment devant lui le bloc de la réaction bourgeoise. Le parti socialiste révolutionnaire a dit très justement que la classe ouvrière devait profiter de cette division de la classe privilégiée pour pousser la lutte contre le militarisme et la réaction. Mais le seul moyen de profiter en effet de cette division, c'est de participer dans une pensée socialiste et pour des fins révolutionnaires à la lutte qu'une partie de la bourgeoisie est obligée de mener un moment contre le militarisme. En fait, bien que la bourgeoisie, sous la discipline du capital, forme une seule classe conservatrice, elle est partagée pourtant en fractions rivales. L'une de ces fractions se rattache aux anciens partis contre-révolutionnaires; l'autre est obligée encore de se réclamer de la Révolution. Si le sociacialisme s'abstient, en réalité il prend parti pour la bourgeoisie contrerévolutionnaire qui, appuyée par la noblesse, la haute armée et le clergé, aura raison aisément de la minorité bourgeoise fidèle à l'esprit de la Révolution. Marx reprochait violemment à Lassalle de fai.re le jeu de Bismarck, en assurant que tous les partis non socialistes faisaient une « seule masse réactionnaire ». Par cette tactique de prétendue abstention, Lassalle, selon Marx, permettait à Bismarck et aux féodaux d'écraser la bourgeoisie libérale. Et aujourd'hui encore les marxistes allemands, restant comme leur maître sur le terrain de la lutte de classes, soutiennent pourtant au second tour de scrutin la bourgeoisie
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