La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE la société elle-même, en classes ennemies. Il n'y a pas, il ne peut pas y avoir unité de conscience, parce qu'il n'y a pas unité économique : tout idéal moral est donc contesté, et c'est toujours un drapeau déchiré qui flotte au-dessus de la bataille des intérêts. Mais si • la lutte des classes est aujourd'hui encore, comme depuis l'origine des temps, la loi de l'histoire, elle n'a pas aujourd'hui la même forme que dans les périodes antérieures. Aujourd'hui c'est dans la lutte du capitalisme et du prolétariat que se manifeste la lutte des classes : hier, dans la société féodale et monarchique, la forme du combat était autre. Or, l'humanité, clans son passage à travers les formes successives de la lutte des classes, a conquis incessamment des garanties nouvelles. Toujours la classe exploitée et opprimée, pour se soulever, pour révolutionner l'ordre politique et social, a dû promettre certaines garanties à tous les hommes. Elle a pu ensuite, au lendemain de la victoire, s'en approprier presque tout ~e bénéfice : elle a dû pourtant laisser aux hommes quelques parcelles nouvelles de liberté. Ainsi la bourgeoisie révolutionnaire, pour renverser le systérne féodal et monarchique, a dû inYoquer le droit humain. Elle a dû proclamer l'égale dignité de toute personne humaine, elle a dû stipuler pour tous les hommes les mêmes formes de justice; et elle a beau, après la révolution, tricher l'humanité, elle est obligée pourtant de laisser quelque chose au jeu. Dire qu'aujourd'hui le mot de justice n'a aucun sens, c'est dire •qu'avant la lutte du capital et du prolétariat l'histoire humaine n'est que vide et néant. Cela est contraire à la loi de l'évolution. Cela est contraire surtout à la dialectique marxiste. En fait, c'est sur un terrain historique trés ancien, très profond, oü des révolutions successives ont superposé, de siècle en siècle, des couches nouvelles d'intérêts et de · droits, que se livre aujourd'hui la bataille. Et une des forces du socialisme c'est précisément qu'il peut invoquer aujourd'hui contre la société bourgeoise l'idéal de liberté, d'égalité et d'humanité qu'elle a proclamé elle-même pour justifier son avènement. Partout la bourgeoisie menacée par des forces nouvelles passe a l'état de réaction : elle répudie les principes de la période révolutionnaire. Et partout, c'est l'honneur du parti socialiste de défendre ces principes. En même temps qu'il prépare une révolution nouvelle, il sauve le patrimoine humain constitué par la révolution antérieure. En Allemagne c'est le parti socialiste qui a défendu, contre les lois visant les prétendues m1 enées subversives, non seulement la libre propagande du prolétariat, mais cette libre culture qui fit l'honneur de l'Allemagne pensante. Demain, le parti socialiste allemand va défendre contre Guillaume II le droit de coalition ouvrière introduit par SchulzeDelitsch, l'adversaire de Lassalle. En Italie le parti socialiste s'em-

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