La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

\ REVUE POLITIQt;E REVUE POLITIQUE Je remercie la Revue Social-isle qui a bien voulu me demander une revue mensuelle des événements politiques. C'est l'affaire Dreyfus qui a dominé pendant le mois de septembre toute notre politique intérieure. Depuis le 3 1 août, depuis les ayeux d'Hcnry, elle a pris une toute autre forme. D'abord, pour noter d'emblée cc qui intéresse immédiatement le socialisme, notre parti a, dans cette question difficile, retrouvé son unité. En fait, le dissentiment n'avait jamais été aussi profond qu'il avait paru un moment. Malgré quelques formules d'abstention systématique et d'indifférence doctrinale, le proÏétariat dans son ensemble avait bien vu Olt était son ennemi. Il avait compris que contre le militarisme gardien du capital, des coups terribles, gr:'tce à l'affaire Dreyfus, pouvaient être portés. Et lorsque, au récent congres de Montluçon, le parti ouvrier a décidé que pour compléter l'éducation socialiste et révolutionnaire du prolétariat, il convenait de faire de l'agitation autour des scandales gouvernementaux et militaires, il traduisait la pensée commune des socialistes. Un moment on nous a objecté que dans la société bourgeoise tout appel à la justice était hypocrite et vain, puisque la société bourgeoise elle-même est une injustice permanente. Et on a même dit qu'aujourd'hui le mot de justice n'a pas de sens. Je crois que, au point de vue socialiste même, c'est une erreur. A coup sûr, dans une société fondée sur l'antagonisme des classes, l'idée de justice ne peut avoir qu'une signi~ation de classe. Ce qui est juste aux yeux de la classe possédante et exploiteuse.est injuste aux yeux de la classe exploitée. Le capitaliste trouve juste de prélever, pour ses rentes et dividendes, une partie du produit du travail et le prolétaire, quand il est arrivé à la conscience de "classe, ne voit là qu'un vol social. L'expropriation de la classe capitaliste, qui apparaît à celle-ci comme une abominable violence et une criminelle spoliation, est pour les salariés l'acte suprême de justice. La conscience est divisée aujourd'hui, comme

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