La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

I REVUE DES LIVRES prochée de sa vie, apparaît plutôt comme les lueurs v:icillantes d'un gen1e obscurci. Peut-être, Quincey, avant de s'adonner à l'opium, était-il prédestiné à parcourir une carrière intellectuelle géniale? Quincey, buveur d'opium, a laissé une œuvre étrange, incohérente, et les maladies nerveuses que son vice avait provoquées chez lui paraissent plutôt avoir éteint son génie - s'il en eût. - Nous pourrions faire la même remarque pour Edgard Poe, celui-là était un alcoolique héréditaire. M. Lombroso part de là et des études récentes de MmeArvède Barine, pour en inférer que l'hérédité alcoolique fut l'inspiratrice directe de son génie poétique. La lecture du livre de MmeArvède Barine nous a laissé une impression contraire. Edgard Poe était atteint de la passion de 1'alcool, héritée de son père et peut-être de sa mère, qui moururent phtisiques et le père, au moins, alcoolique. Mais toute sa vie le malheureux lutta contre sa prédisposition et c'est dans les intervalles de lucidité, quand il restait quelques jours ou quelques semaines sans boire, .qu"il égivii, ses meilleurs contes et ses plus belles poésies empreints d'une tristesse funèbre poignante. Quand Alfred de Musset se fut adonné à l'alcool, il cessa de produire. M. Lombroso répondra en invoquant la prédispositio1\ morbide chez chacun d'eux. Mais nous n'avons pas voulu faire une critique détaillée du nouveau livre de M. Lombroso. Nous avons voulu seulement donner un aperçu du système et de la méthode, avec les objections qu'ils soulhent. Après cela, ce'S objections, de pur sens commun, ne portent-elles peut-être pas? Mais M. Max Nordau répondra sans doute à ce livre, visiblement dirigo.'.c:outre lui et nous tiendrons le lecteur au courant de la polémique scientifique. GcsTAYE RouANET. Gustave Flourens, par CHARLESPRoLÈs,lettrc-pr~face de Cipriani ( 1vol. in-18.- J'ai signalé, au fur et à mesure qu'ils ont paru, les volumes sur Dekscl uze, Rossel et Rigault, de Charles Prolès. Aujourd'hui, c'est Gustave Flourens dont l'auteur des Ho111111des la Révolution de 1871 raconte la rapide et tragique existence. Flourens avait, en effet, à peine trente-deux ans quand il tomba, prisonnier, sous le sabre du capitaine de gendarmerie Desmarêts, dom les journaux conservateurs de l'époque célébrèrent le fait d'armes. L'assassinat d'un prisonnier désarmé apparaissait aux hommes d'ordre et de modération de la conservation sociale réfugiée à Versailles comme un exploit glorieux. « De science, de philosophie et de politique, dit son biographe, Flourens n'avait donné que des promesses. » Cette phrase résume la vie de Flourens. Il fut une espérance. Fils d'un savant illustre, mais représentant d'une génération scientifique déjà vieillie quand son fils débuta au collège de France, Gustave Flourens, si la réaction ne l'eût pas arraché :\ la chaire du professeur, serait peut-être, à cette heure, un des maîtres de la science française. Ses leçons sur les races humaines contiennent, en germe, bien des vues, trouvées alors trop audacieuses et qui sont aujourd'hui couramment acceptées dans la science officielle. Le savant chassé du laboratoire paternel, ne put donc donner qu'une faible mesure de ce qu'on était en droit d'espé~er de lui, dans le champ de la science. En politique, il ne donna-pas davantage la mesure de sa valeur intellectuelle, car il vécut dans une période de tr011bles et de combats I

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==