LA REVUE SOCIALISTE mentale. M. Lombroso, au contraire, voit, dans les observations du docteur Toulouse, dans ses mensurations, l'examen de ses sens auditifs et olfactifs, les caractères certains de la dégénérescence. Vous comprenez que je ne me charge pas de juger entre l'opinion de l'aliéniste français et celle du criminaliste italien, qui des deux a raison, techniquement, et si tel indice céphalique est caractéristique ou non de la tare indiquée par M. Lombroso. Mais quand M. Lombroso écrit que Zola, en travaillant, « s'isole de tout ce qui l'entoure, perçoit mal les sensations extérieures et n'en a p:is de souvenirs pré@is(amnésie épileptoïde); il n'entend pas le chien qui aboie, la cloche qui sonne, ou ne s'en souvient plus»; quand M. Lombroso décrit gravement ces phénomènes qu'il appelle une variété de l' « amnésie épilcptoïde », je constate, justement, que j'écris ces lignes à la devanture d'un café, sur la promenade d' Ax-les-Thermes; à dix pas de moi est un kiosque où depuis mie heure ~nviron l'orchestre municipal a dù faire rage de trombones et de violons; autour de moi, des gens jouent au trictrac. Eh bien! je n'entends pas un traître mot de leur dispute sur leurs coups de dés et c'est à peine si, à quelques reprises, j'ai été incommodé, tn;s vaguement, par les flons-fl.onsde la musique dont je n'ai pas retenu une seule phrase distinctement. Est-ce de l'amnésie épileptoïde, et vais-je me prendre pour un génie - selon M. Lombroso? Les troubles ncn·eux - épilepsie, hystérie, alcoolisme - jouent naturellement un rôle prépondérant dans la psychologie du génie telle que la conçoit M. Lombroso. Non seulement beaucoup des observations sur lesquelles elle repose paraissent au moins singulières, mais encore M. Lombroso semble ne pas tenir grand compte de celles faites sur des hommes d'un génie autrement indiscutable que Victorien Sardou ou Francisque Sarcey. Par exemple, rien de ce que nous connaissons de Victor Hugo ne permet de supposer qu'il était affecté de tares physiologiques profondes. Il était d'une s:inté robuste et mourut de Yieillessc. M. Lombroso n'en dit pas moins qu'il était atteint d' « un orgueil immense, avec la foi qu'il avait dans une sorte de mission divine à lui impartie. Ses colères contre Napoléon étaient vraiment folles. 11 D'ailleurs, il était issu d'une mi::re nerveuse, d'un père apoplectique et il eut des frères et des enfants fous. Très bien :Mais, ce diagnostic est singulièrement bref. Entre Victor Hugo, dont la folie, jusqu'ici, n'avait été soupçonnée p:ir personne et sur lequel il n'existe aucune observation physiologique explicative des phénomènes de dégénérescence que M. Lombroso trouve dans son orgueil et sa haine de l'Empire, entre Victor Hugo, dis-je, et ses fils ou ses frères, pourquoi le génie échut-il à lui, plutot qu'à ses frères ou à ses fils? Nous pourrions multiplier les exemples et les contradictions : Ainsi Thomas de Quincey était un mangeur d'opium, abruti par les excès de sa passion. Mais la décrépitude ph~·sique et intellectuelle, M. Lombroso oublie de le dire, où tomba rapidement Quincey, n'était pas congénitale. Elle fut le résultat de ses abus de narcotique, dont il prit le goût par hasard, à la suite de maux de dents pour lesquel~ le laudanum lui fut prescrit. Et avant d·être un mangeur d'opium, détraqué par le poison, il était d'une intelligence de premier ordre, dont l'érudition et les connaissances latino-grecque faisaient, à quinze ans, l'admiration des professeurs d'Oxford. L'opium, en affolant Quincey, aurait donc fait jaillir en lui l'étincelle du génie? Malheureusement l'œuvre de Quincey, rap-
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