La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

- REVUE DES LIVRES 379 de la vigueur primordiale qui est celle de donner la ,·ie à un être. li en fot de même pour Newton et Leibnitz. » (Est-ce bien sûr? On peut mourir célibataire et laisser des enfants. Puis la faculté de procréation s'exerce à deux. Et dans le défaut de postérité la stérilité féminine est au moins aussi générale que la stérilité masculine.) La plus grande partie du volume est consacrée à la description des troubles morbides relevés depuis l'apparition de l'Ho11111d1e génie dans les monographies <leBeccaria, U:opardi, Alfieri, le Tasse, Byron·, Gabriel Rossetti, Zola, Edgard Poe, Quincey, etc. On y trouve des particularités <le tout ordre. Il en est <letypiques, d'autre5 qui n'offrent qu'un intérêt bien médiocre. Il relève, par exemple, dans la quatrième partie : Nouvelles preuves d'n110111nlie dans legénie, des remarques au moins singulières qui pourraient s'appliquer à n'importe qui. Par exemple, Lombroso, au paragrnphe de l' « Erreur et de l'Amoésie des hommes de génie», cite le cas d'Homère qui, ayant fait mourir Philomène dans un livre de l' llinde, la ressuscite dans un livre suivant. Si Homère a jamais existé, ce qui est plus que douteux, ses c-hants ont pu subir des interpolations et il faut une certaine assurance pour voir dans ce qu'on a appelé le sommeil d'Homère un indice de la folie de ce personnage légendaire. Flaubert a écrit : (< Il reçut pour sa fête une belle tête phrénologique peinte jusqu'au thorax », et M. Lombroso cite cette inadvertance comme une erreur de génie. Mais la phrase est tirée de Bolt'l;ardet Pécuchet, que Flaubert n'avait pu mettre au point. Qui nous dit, s'il eût vécu, qu'il n'eût pas corrigé sur épreuve cette phrase? D'ailleurs, Xavier de Montépin et Ponson du Terrai.! en ont écrit d'aussi fortes. La ccmain d'oiseau de proie >> de M. Quesnay de Beaurepaire vaut la cctête peinte jusqu'au thorax » de Gustave Flaubert. Va-t-on voir dans leur charabia la marque distinctive du génie? Dans ce seul paragraphe, je trouve. les rapprochements les plus imprl!vus. Je lis en effet : ccLéonard de Vinci écrivait: ccQuand un triangle est rectangle et a ses trois angles droits. » Sarcey écrit : ccDans la voix <le Mademoiselle Marguerite on retrouve la 111ni11 de sa mère » et Moliére dit aussi dans le Misn11tbrope: ccPourvu que votre cœur veuille donner la main au dessein que j'ai fait. » N:est-ce pas le cas de répéter : Qui ,·eut trop prouver ne prouve rien? La métaphore de Molière est risquée; mais de là à y voir une amnésie, signe de dégénérescence ordinaire observé dans les hommes de génie, il y a loin. De même pour la proposition de Léonard de Vinci, elle constitue un lapsus de plume évident. Mais pour Sarcey, placé entre Léonard de Vinci et Molière, il a risqué bien d'autres images du même goût. N'est-il pa~ un peu audacieux de voir dans ses négligences de style les signes carastéristiques, même sous forme morbide, de son génie? Il y a une foule d'autres particularités du même genre qui, lorsqu'elles proviennent de l'état psycho-physiologique d'un Sardou ou d'un Francisque Sarcey, font sourire. D'autres enfin qui, même relevées dans la manière d'être d'un grand écrivain comme Émile Zola, pourraient bien se rapporter à une fo.ule d'autres ouvriers très humbles de la plume. Je laisse de côté la discussion purement technique de l'étude que le docteur Toulouse consacrait, il y a quelque temps, à l'auteur de Germi11al. Pour le docteur Toulouse, Émile Zola, malgré la présence de troubles, auquels peu ou prou, tout le monde est sujet, jouit d'une excellente santé physique et

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==