La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE chistes, symphonistes, décadentistes, égotistes, glorificateurs du moi, abstracteurs de quintessence individuelle, curieux de jouissances subtiles et inconnues, sont des déséquilibrés - des fous si l'on veut, mais parce que déséquilibrés ils ne sont pas des hommes de génie, le génie comportant la plénitude de la • santé physique, intellectuelle et morale. C'est surtout contre Je livre de Max Nordau que Je nouveau volume de Lombroso est dirigé, quoi qu'il ne le dise pas expressément; et maintenant que j'ai fait connaître la thèse que M. Lombroso s'est attaché à réfuter, voici, succintement résumés, les faits nouveaux invoqués p,1r le chef de l'école anthropologique italienne. '- Depuis l'apparition de son Ho1111ndee génie, Vandervelde et Massart ont montré, dans leur Évolution régressive (r), comment un organe qui acquiert une forme nouvelle et plus p~rfaite subit une régression dans la forme précédente qui disparaît. Tout organe perfectionné, acquis par une espèce, l'est au détriment d'un autre organe, Je progrès du premier déterminant une atrophie partielle ou totale du second. Les hommes ont pay<'.:de la perte de la queue que les animaux ont conservée, de divers vertèbres, du poil, qui est un vêtement naturel, l'acquisition de nouveaux centres et circonvolutions cérébraux. La science de la cuisine nous enlè,·e la faculté de refaire et de conserver nos dents, etc., etc. (Je résume M. Lombroso et non le livre de Vandervelde, Massart et Demoor où, à mon sens, il n'y a rien qui justifie les étranges rapprochements de M. Lombroso.) Ces progrès généraux, achetés au prix de rcgrès correspondants par l'espèce, se reproduisent dans les individus, dont telle faculté exagérée atrophie les autres. On voit des assassins et des fous pn:senter un caractère de 11e'o.filie (néologisme de M. Lombroso : pour amour des nouveautés) bien tranchée, une grande activité artistique. Des idiots montrent des aptitudes spéciales dont l'exercice leur permet, dans certains cas, de devenir supérieur à des hommes normaux. Tom Blind, un nègre né dans l'État de Georgie en 18-1-0,était incapable d'articuler une parole, il n'avait que l'intelligence des sons, mais développée à un tel point qu'il pouvait, à l'aide de la musique, répéter n'importe quel texte en n'importe quelle langue si long fùt-il, pourvu qu'il fût noté. Morel cite le cas d'un crétin qui ne savait pas compter jusqu'à vingt, mais qui se rappelait les noms de tous les saints du calendrier, avec la date de leurs fètes respectives. L'arrêt de développement d'une faculté ou même d'un grand nombre de facultés compense le développement extraordinaire des autres. Les hommes de génie sont des individus chez lesquels l'ensemble des anomalies se traduit par la prédominance morbide d'une faculté particulière et la dégénérescence des autres facultés. M. Lombroso à l'appui de son système invoque les conclusions formulées par un certain nombre de savants qui s'inspirent plus ou moins directement de ses doctrines : Myers, qui affirme que l'hystérie accompagne le plus souvent les manifestations géniales; Roncoroni, qui a publié en I 896 une étude sur la folie du Tasse; Ardnt, qui écrivait en r897 : « Qui se sent un génie et s'enorgueillit de ses facultés supérieures doit savoir aussi qu'il porte en lui des tares de débilité qui en font un dégénéré. Kant mourut célibataire. Il manqua (1) Un volume in-8 de la Bibliothèque scientifique internationale. Pa~is, Alcan. \. ./

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