La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

REVUE DES LIVRES 375 raccourci l'impression d'ensemble qu'a faite notre colonie sur le voyageur. M. Castellani com.mit l'imprudence de laisser deviner ses sentiments autour de lui. Mal lui en prit. Les officiers le mirent en quarantaine, lui firent subir mille avanies auxquelles, dans son récit, il se borne à faire allusion en quelques mots spirituels, mais dont on sent pourtant qu'il avait gardé la trace sensible dans son souvenir. Bref, la conclusion qu'il formule c'est qu'il faut étre un fou ou un hâbleur intéressé, quand on a été au Congo, pour songer à y revenii· ou engager les autres à y aller. C'est écrit en toutes lettres à la fin : « Un dernier avis, s'écrie+il, que je voudrais pouvoir hurler dans un porte-voix grand comme les trompettes du jugement dernier : N'allez. pas au Congo! » Voici, maintenant, pris au hasard, entre dix et cent du mème ge1ire, quelques observations de M. Castellani sur nos rapports a\'ec les nègres, sur le développement de notre commerce, etc. « Qu'on sache bien ceci, en Europe, c'est qu'à quelques kilomètres de la côte seulement, il n'y a plus pour les noirs, là où les blancs sont maîtres, ni lois ni sécurité; ils sont enlevables, taillables et corvéables à merci. Tout blanc que je suis, je commence à m'apercevoir qu'en voulant m'affranchir, je me suis mis à dos non seulement l'élément militaire, mais l'élément administratif qui a peur. » - « Au fond, je ne puis me dëfendre d'une immense pitié quand je vois la façon barbare dont sont punis, pour de simples refus d'obéissance, des hommes après tout nos semblables. Si encore nous étions des stoïques, mais point : je vois les plus durs, les plus impitoyables pour autrui se montrer les plus abattus et les plus mous quand il s'agit de leur propre peau. Je suis ma foi bien tenté de rire quand je vois un de ces bourreaux inconscients parler de ses coliques ou de ses maux de dents, en face des affreux supplices qu'ils infligent froidement à des êtres faibles et sans défense. » - Voici le mot d'un chef noir qu'on exécute à la suite d'une révolte: « Mayoke montra au dernier moment une grande fermeté : ce fut lui qui répondit à de Prat, qui se croy:tit obligé de lui reprocher ses méfaits : » A quoi sert tout ce que tu me dis là, . puisque tu vas me tuer; je n'ai pas à te répondre. » C'est de l'adjudant luimême que je tiens,ce récit. » Le mot n'est-il pas d'une grandeur antique! M. Castellani se rend parfaitement compte que les mauvais traitements qu'on fait subir aux indigènes loin d'aplanir les obstacles à la pénétration européenne les multiplient au contraire, et il a une façon à lui, charmante autant que cruelle de le dire : t< La fameuse route entre Brazzaville et Loango serait • encore barrée par les indigènes, malgré les dures répressions du capitaine March:md. Ça ne m'étonne pas outre-mesure. » M. Castellani prévoit que le système d'exwrsions et de violences actuel ne peut manquer de provoquer un jour des représailles terribles. « Un temps viendra, dit-il, plus ou moins éloigné, où de sanglantes représailles auront lieu au centre africain et on fera payer cher aux vainqueurs leurs faciles conquêtes .... » Les nègres familiarisés par nous avec le maniement des armes_à feu et le groupement discipliné des masses humainfs finiront par se lasser de recevoir des coups de rotin et de s'entretuer au profit des Européens. Le jour où ces primitifs que nous initions au secret de l'organisation ·militaire européenne tenteront d'unir leurs forces et de tourner leurs armes contre nous, c'en pourrait être fait, pense-t-il, de notre d(!._mination.Déjà des symptômes de révolte se sont manifestés, des cas -

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