3ï4 LA REVUE SOCIALISTE ' éclairées peuvent, par l'étude et l'observation comparée des événements; se rendre compte de la voie qu'elles suivent et du sens des transformations auxquelles elles assistent. « La Russie profite en effet, comme le remarque M. Kovalewsky, de tous les progrès techniques accomplis par l'industrie occidentale: elle ignore les tàtonnements suivis de mécomptes qui ont rempli l'enfance de cette dernière. Aussi les avantages matériels et les maux qu'engendre le \ régime économique moderne se révèlent en Russie sans transition aucune. » En un mot, l'évolution russe contemporaine a ceci de particulier : que tout en reproduisant les phases du développement économique occidental, ces phases sont beaucoup plus rapides ; la Russie brûle les étapes. Et c'est là une constatation singulièrement encourageante. Elle nous montre que si l'évolution sociale se poursuit à tra\·ers des nécessités matérielles données, néanmoins les transformations successives que traverse la civilisation n'ont pas le caractère fataliste que d'aucuns leur attribuent. L'expérience sociale, l'étude des faits et des nécessités sous l'influence desquelles le développement social s'opère permettent d'adapter avec plus ou moins de bonheur le milieu aux nécessités d'ordre supérieur, par là d'évittr les tâtonnements et les incertitudes d'autrefois, et par conséquent de hâter et de rapprocher les phases de la ..:ivilisation supérieure de demain. GusTAVE RouANET. Vers le Nil français, avec la mission Marchand, par Ch. CAsTELLANI, 1 vol. in-8 carré (Flammarion). - Ce volume est illustré - naturéllement, puisque M. Castellani, qui nous raconte ses impressions de voyage à travers l'Afrique congolaise, est un de nos plus distingués artistes contemporains. Le voyage fut entrepris pour le compte du journal l'lllustrntion et l'album que l'artiste nous a rapporté de son excursion un peu lointaine offre un grand charme à le parcourir. 1 éanmoins, l'intérêt du volume réside bien moins dans ses illustrations, toute parfaites quelles soient, que dans les notes rapides où le voyageur a consigné ses impressions fugitives et ies incident~ journaliers de ses longues marches le long de sentiers pénibles pompeusement décorés du nom de routes, sur nos cartes géographiques. Ces notes sont d'une humoLir, d'un entrain et aussi d'une observation pénétrante qui nous faisait un devoir de signaler cet ouvrage à nos lecteurs. Ah ! je crains fort que l'irrévérencieuse sincérité de M. Castellani ne constitue désormais un empêchement majeur pour les artistes qui se proposeraient, après lui, de suivre nos missions militaires d'exploration. Messieurs les officiers qui organisent ces sortes d'entreprises parfaitement inutiles et qui ne sont qu'un prétexte à décorations successives et avancement précipité y regarderont à deux fois, avant d'admettre des yeux profanes de pékin à suivre Jeurs faits et gestes, pour raconter ensuite, avec esprit ce qu'ils ont vu. Cc qu'a vu M. Castellani en remontant le Congo et l'Oubanghi est une suite de tableaux fort tristes : partout une population noire qu'on accable de vexations; dans les postes français établis sur la riYe, des officiers et des administrateurs hargneux, hâbleurs, vantards et jaloux, anémiés par la fièvre, enclins aux pires actions par l'exaspération constante ù laquelle ils sont en proie, sous ce climat dévorant excitant des plus mauvais instincts; tel est en
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