LA REVUE SOCIALISTE isolés, il est vrai, mais qui donnent à réfléchir. Notre voyageur se trouvait précisément au Congo, quand la troupe du commandant Dhanis massacra _ses chefs. « Qu 'on y songe, dit-il, cette révolte des soldats de l'État belge est un avertissement très clair, mais dont on ne tiendra certainement aucun compte.» M. Castellani, en effet, pour éviter sans doute le retour des incidents <lésa- / gréables qui avaient marqué son enrôlement dans la colonne du capitaine Marchand, est revenu en Europe par le Congo belge. Et tout naturellement il a été amené à comparer les résultats obtenus par les deux États dans ces parages, au point de vue de la colo:1isation. Le rapprochement forcé, en quelque sorte, auquel il a été conduit n'est pas flatteur pour notre amour-propre national. Mais je l'ai dit au début, M. Castellani s'est donné pour tâche de raconter ce qu'il a vu, rien de plus. Or, tandis que sur le territoire français on ne trouve que des officiers et des administrateurs en mal d'avancement et de décorations, sur la rive belge, en face de nos possessions on trouve, - des soldats et des administrateurs, sans doute - mais aussi des commerçants, des négociants, une flottille qui transporte les marckandises et même un chemin de fer. Mais ici, il faut citer : « D'une part, chez nous, je trouve à la côte un chemin à peine visible à l'œil nu, allant à travers monts et marigots au milieu de populations insoumises jusqu'à Brazzaville; puis de Brazzaville, qui en somme, n'est qu'un poste avec tout un personnel administratif, je remonte une route fluviale immense, sur le Congo et l'Oubanghi, où quelques rares petites stations s'échelonnent à des distances improbables, ayant le plus souvent pour garnisons un ou deux blancs sans soldats; on y renconte également trois ou quatre factoreries étrangères et deux ou trois missions catholiques sans influence; à notre gauche d'immenses territoires à nous concédés entièrement négligés et complètement inconnus. Il n'existe sur ces longs parcours aucun commerce, aucune· exploitation, partant aucun rapport : tout cela coùteux et inutile, et je pense qu'il en sera longtemps ainsi. - Par contre, je vois sur la rive opposée un mouvement de steams grands et petits, de belles stations comme Coquiaville, Equateurville, Imécée, Kinchassa, Léopold ville etc., stations dans lesquelles je vois charger du caoutchouc, de l'ivoire, des gommes, des bois et autres den- • rées et produits du pays. Voilà brutalement la vérité et je dé.fie qu'on puisse me contredire. Je pense, en signalant cet état de choses, accomplir un devoir patriotique et je n'ai pas hésité à encourir les animosités de certains types intéressés à ce qu'on fasse le silence autour des fromages où ils ont élu domicile. » Voilà qui est parlé. Et à l'appui de cette opinion que M. Castella~i s'est faite sur place, il énumhe des faits probants. La partie de son voyage effectuée sur La Ville de Bruges par le chemin de fer qui a1lait de Tumba à la Côte, quand M. Castellani a quitté l'Afrique, lui a permis de se rendre compte de la supériorité considérable de la colonisation belge sur la colonisation française. C'est là le fait général qui domine l'impression éprouvée à la lecture de ce livre et quoique l'auteur soit très discret sur ce point, il n'est pas difficile de saisir la cause de la différence constatée; la colonisation française est militaire et religieuse, celle dtf Congo ne l'est pas. Le territoire français semble n'avoir été occupé que pour fournir aux ôfficiers aventureux de notre armée
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