I REVUE DES LIVRES 371 conditions du paysan russe se transforment par la dissolution du mir et le morcellement des terres qu'elle entraîne. Le gouvernement russe a adopté, pour le mir, la même politique contradictoire signalée déjà à l'égard de la noblesse et de la bourgeoisie industrielle. Ici, encore, je ne saurais entrer dans l'analyse, même très succincte, des faits si nombreux et si complexes, énumérés par M. Kovalewsky sur ce problème. Je me bornerai à rapporter que d'une part, l'administration russe semble avoir voulu favoriser le maintien àe l'organisation communautaire de village, puisqu'elle a défendu ou tout au moins entravé, par des formalités restrictives nombreuses, l'aliénation des lots; qu'elle a prescrit le renouvellement périodique des partages; d'autre part elle semble avoir voulu favoriser son émiettement, car une différence de traitement est faite aux emprunteurs qui s'adressent à ses banques officielles, selon qu'ils sont prnpriétaires dans le sens propre du mot ou membres du mir : ceux-ci ne sunt admis à contracter que des emprunts ne dépassant pas I 50 roubles par ménage, tandis que les autres peuvent emprunter jusqu'à 500 roubles. - Pour ce qui est du progrès ou de la décadence du mir, après avoir lu les faits pour et contre donnés par M. Kovalewsky à l'appui de l'un( ou l'autre circçmstance, il semble qu'il soit difficile de se prononcer. M. Kovalewsky admet que les progrès de l'agriculture ne sont pas incompatibles avec l'existence du mir. Et d'autre part, si les moujiks paraissent attachés sur certains points à cette forme de propriété, sur d'autres, ils ont une tendance marquée à en sortir. Toutefois, le mir est condamné à disparaître, .malgré les mesures de préservation _intermittentes que le gouvernement russe édicte à cet égard. Il disparaîtra sous l'action des mêmes caw:es qui ont amené la ruine de nos antiques communautés de village, sous le flot montant des inégalités et des aliénations de, lots. M. Kovalewsky énumère longuement la marche suivie par les progrès de ces inégalités et comment les paysans tournent la loi et les règlements, pour céder et acheter les lots du mir. Cet état de choses qui ira toujours croissant, sous l'empire des mêmes influences qui l'a créé, se traduit dans l't:xistence d'un prolétariat agricole et dans l'accroissement rapide de la population urbaine. « D'après les calculs officiels faits en 1894, dit M. Kovalewsky, deux millions d'habitants forment déjà l'excédent de notre population rurale. » Cette population excédente tend naturellement à s'écouler vers les villes, vers les centres industriels, où elle est attirée, à la fois par le besoin et aussi, comme_ partout, par la perspective d'une vie nouvelle, par la soif de l'inconnu. Hélas! le plus souvent elle y apporte un surcroît de misères effrayant, car elle vient peser sur les salaires des ouvriers qui y sont employés. • L'industrie russe, en effet, 5-est développée, au cours de ce siècle, dans . quelques villes et centres spéciaux, où ses progrès ont été singulièrement rapides, favorisée qu'elle a été d'une façon constante par le gouvernement russe. Il y a quelques dizaines d'années seulement l'industrie russe était disséminée dans les villages et les petites villes, tout entière aux mains de la famille qui produisait directement pour elle ou une clientèle très voisine. Aujourd'hui,- M. Charizemenov a cal~lé que d1 ms le gouvernement de Moscou 72 °/o des industries villageoises et i6 °/o des marchandises produites par elles ne sont plus faites que sur commandes d'intermédiaires, de fabricants ou de négociants, / -
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==