La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

....... REVUE DES REVUES Paris en fut à peine troublé et, tandis qu'en Angleterre, en Allemagne et aux États-Uni~ la dépression des échanges et le ralentissement de la production propageaient leurs ravages économiques ordinaires, la •France échappait aux effets calamiteux de la catastrophe. Banques, êta~ blissements de crédit, maisons de commerce, usines et ateliers, l'activité générale, en un mot, ne se ressentait pas des perturbations gui ailleurs pesaient si douloureusement sur la production. Pourquoi? Parce qu'au lendemain de la guerre franco-allemande la France, exténuée par la défaite, temporairement ruinée par l'occupation étrangére, saignée aux quatre veines par les frais de guerre et d'indemnité, par la destruction de produits de toute nature dont elle avait souffert, avait tout à produire et à fabriquer, pour satisfaire aux besoins d'une consommation intérieure dont les marchés s'ouvraient tout grands aux producteurs. La réfection de son matériel de guerre, l'indemnité de cinq milliards, la masse de richesse générale consommée par la guerre de 1870-71 mettaient la France à l'abri d'une surproduction. _Lacatastrophe passa sur ellè sans l'atterdre, bien que le krach financier de 1873 eôt toute la gravite except10nnclle du krach de 1882. Les krachs et l'abus de crédit signalés par M. Juglar comme le point de départ des crises commerciales sont donc bien la manifestation symptômatique de l'engorgement du marché, ils n'en sont pas la cause. Ils résultent d'un ensemble de faits géncraux plus vastes que celui de l'émission exagérée de papier opérée par l'arbitraire de quelques ban- / quiers. A la rigueur, si les excès d'émission suffisaient à déchaîner des crises mondiales, des statisticiens experts pourraient peut-être mesurer l'amplitude extrême des courbes marquant le point extrême, voisin de la catastrophe. Et c'est parce que ces émissions sont sous la dépendance étroite des nécessités de la production et que les facteurs qui entrent dans la composition de celles-ci sont innumérables, que la faculté de prévision fournie par les données de M. Juglar est soumise à mille chances d'erreurs. En somme, la loi des crises commerciales formulée par M. Juglar est la notation de phénomènes extérieurs, d'un ensemble de faits, dont la reproduction concordante, toujours parallèle, vérifiée un siècle durant, en nous indiquant la marche des échanges et les variations régulières qu'ils subissent, nous mettra sur la trace du phénomène intime, de la « loi » à laquelle ils obéissent. Les observations de M. Juglar sont donc précieuses. Si elles ne nous permettent pas l'espoir de lire clairement, dans les statistiques dont il re·commande l'examen, la marche présente de la vie économique, les signes auxquels on reconnaît les alternances des périodes de crise et de prospérité dans le passé, elles seront d'un grand secours dans les compréhensions des événements du dix-neuvième siècle. -- '

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