La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE versent dans le monde entier, comme jeu de cartes au souffle d'un enfant, les spéculations les mieux fondées, comment l'inspection de tous les tableaux statistiques pçrmettrait-elle de d-écouvrir approximativement que l'on touche à une de ces heures critiques? Comment éviter les prophéties malavisées du genre de celle de ~I. Leroy-Beaulieu en 1882, annonçant, la veille du krach, qu'aucun point noir ne troublait l'horizon économique et financier et que l'industrialisme, sorti de la période des tâtonnements, des heurts et des secousses, entrait définitivement dans la période de son fonctionnement désormais normal, exempt des brusques variations qui avaient jusque-là marqué ses progrcs? Dans le passé, cc n'est qu'après l'événement accompli, après que s'est manifestée la dépression gcnérale, qu'en considérant l'extraordinaire inflation des portefeuilles financiers et le bas taux de l'escompte, 011 peut dire sùremcnt, à l'observation de ces faits 'et de ceux concordants d'autre part : voilà l'instant critique, le point culminant de la courbe ascendante. Pour pouvoir préjuger dans le présent si on touche ;\ cc point culminant. il faudrait aYoir la mesure exacte des courbes successives que suit l'cvolution des échanges, et à chaque grande période, l'amplitude des oscillations varie. Enfin et surtout, il faudrait être fixé sur la nature des rapports existants entre les crises <le crédit et l'état de la production. M. Juglar, en effet, semble attribuer à ces crises le caractère de cause cflicicntc immédiate aux phénomènes perturbateurs qui agissent ensuite sur les aflaircs et la production. La cause de ces crises, dit-il, « c'est le crédit, quelque chose d'immatériel·, mis en circulation par les banques et malheureusement dont elles ne tardent pas :\ abuser, <le là des crises commerciales », etc. Mais l'évolution <lucrédit, le développement de la monnaie fiduciaire mise en circulation par la banque, obéissent a une règle, une norme. Créé pour les besoins de la production, qui obcit clic-même aux nécessités de la consommation, k crcdit se moule, en définitive, sur celles-ci, et la rupture d'équilibre qui se manifeste dans les crises financières est due autant aux excès de la surproduction dépassant les besoins de la consommation générale qu'à la surabondance de monnaie fiduciaire. Les crises financiércs, en un mot, ne sont pas la cause directe, immédiate, de la suspension des affaires, mais le signe caractéristique que le marché est saturé de produits et de monnaie fiduciaire émise pour faciliter leur fabrication et leur circulation. Je n'en veux pour preuve que le fait significatif de la crise de 1873. En 1873, une crise mondiale éclate dont le premier symptàme se manifeste a New-York. De la, le resserrement de crédit et le bouleversement du marché s'étendent à Londres, à Vienne et a Berlin, ou ils revêtent surtout le caractère d'un krach immobilier. Le. marché de

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