La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE Mais qui ne voit gue l'explication et la compréhension de ces événements à l'aide des données de la statistique et des cc lois naturelles » qui régissent les phénomènes économiques énumérés par M. Clément Juglar ne sont vrais gue pour un temps et un milieu donnés? Déjà, même dans le monde moderne, malgré la dépendance étroite gue la solidarité économique impose aux peuples de tous les pays, l'influence des facteurs que nous voyons agir régulièrement et d'une façon identique sur l'évolution politique et sociale de la France, de l'Allemagne, de la Belgique, de l'Angleterre, etc., est moindre ou même nulle dans les pays qui n'ont pas encore atteint un certain niveau de développement industriel. Si une grande partie de l'histoire sociale contemporaine se révèle à l'inspection des bilans des banques, des établissements de crédit et valeurs mobilicres, etc., en Espagne et chez d'autres peuples n'ayant pas des rapports directs et nombreux avec les capitalistes d'Europe et <les États-Unis, les facteurs économiques ont une importance bien moindre. Les cc lois naturelles » de l'économie politique ne fonctionnent pas dans ces pays, comme disait cc bon Mercier-Larivière qui, ayant converti Catherine II aux principes des physiocrates, ne revenait pas des obstacles qu'il rencontrait à l'application de ces principes sur le peuple russe à demi sauvage. Que sera-ce, si nous transportons les cc lois naturelles » contemporaines dans le passé? Sans doute, là aussi les phénomènes économiques ont eu leur importance et influé sur la marche des événements. Mais ces phénomènes n'étaient pas de même nature qu'aujourd'hui, d'où la différence d'organisation sociale dont ils étaient le support et la différence <les lois naturelles sous lesquelles ces phénomènes évoluaient. Il est bien vrai, quels que soient le temps et le lieu, que la vie ét:onomique obéit à des nécessités supérieures qui l'ordonnent. Mais la nécessité d'hier n'est pas celle d'aujourd'hui, qui n'est pas non plus celle de demain. Les lois du développement économique ne sont donc point immuables, préexistantes au régime dont elles expriment les rapports et auxquels elles seraient destinées à survivre. Les modifications qui transforment, avec le mode de production, le système économique en vigueur créent des nécessités nouvelles, donnent lieu à des phénomènes nouveaux et la loi qui régissait les phénomènes antérieurs ne se manifeste plus. En veut-on une preuve? Je la prends dans l'ensemble des faits relevés par M. Clément Juglarcomme caractéristiques des périodes de crise qu'ils annoncent.Jusqu'à 1882, les prix du blé suivaient la hausse générale des autres produits, la baisse du taux de l'escompte, etc. Depuis 1882, la production de cette céréale s'est bien modifiée. Sa distribution sur le marché comme le mode de culture a subi des changements im-

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