LA REVUE SOCIALISTE comme une paralysie de tous les organes essentiels de la vie économique. Le krach se produit subitement; en quelques jours, la courbe ascendante des prix, du mouvement des aflaires se précipite, tombant souvent au-dessous des moyennes observées pendant la période normale qui a précédé la préparation de la crise. M. Clément Juglar, étudiant ainsi le mouvement économique et financier du siccle, relevait, à des dates plus ou moins rapprochées, les années de maxima aboutissant brusquement à des dépressions énormes; et toujours les divers facteurs énumérés plus haut concordaient, suivaient une courbe parallèle, révélant leur étroite dépendance. A la période de dépression succède un rclévcmcnt lent, mais graduel, des échanges, qui reproduit la marche inverse observée auparavant. Cc relèvement est la période de liquidation, après laquelle la production et le crédit évoluent dans des conditions normales. Mais cette période normale est de peu de durée. Bientôt les él<'.:mentsde hausse et de production excessive se d<'.:vcloppcnt,les portcfemllcs des banques et des établissements de crédit se gonflent outre mesure, les opérations se multiplient, on entre dans la période de surmenage économique, si je puis ainsi dire, et la prostration qui doit résulter de cette accélération de la circulation et du fonctionnement de tous les organes est proche : le marché va s'engorger, la crise éclater .... En r884, quand je préparais avec Malon la publication de cette Revue, la crise économique dont le krach financier de r882-83 fut le point de départ, battait son plein. Sous l'action déprimante de laperturbation survenue, les salaires baissaient, les ateliers regorgeant d'ouvriers jetaient sur le pavé une foule de travailleurs qui ,·cnaicnt grossir l'armée des sans-travail. Une viYe agitation en résulta. Des meetings et des manifestations publiques d'ouvriers sans travail forcèrent l'attention des pouvoirs publics. C'est sous l'influeucc du mouvement de la rue que la Chambre s'occupa de la crise et nomm.i la fameuse commission d'enquête parlementaire sur les conditions du travail. Les économistes, M. Leroy-Beaulieu en tête, déniaient toute légitimité à l'agitation qui s'était créée autour de cette question brûlante, prétendant que la crise dénoncée par les syndicats et les organes de la classe ouvrière n'avait jamais existé que dans les imaginations surchauffées par les excitations socialistes et révolutionnaires. Le malaise dont souffrait et se plaignait :\. bon droit la classe ouvriere ne lui était cependant pas exclusif. Les grandes crises comme celle de 1883, en perturbant le monde des échanges, atteignent toutes les classes sociales, leur action est plus particulièrement douloureuse quand elle se fait sentir en dernier lieu aux ouvriers, sur le dos de qui s'opère, en définitive, la liquidation; mais avant d'écraser ces derniers sous son inexorable fatalité, elle a secoué plus ou moins brutalement
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