La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

REVUE DES REVUES 355 M. Juglar, et sur lesquelles la science économique lui est redevable d'une foule de travaux précieux. L'observation premiére des crises commerciales est due à Fourier. Le premier, Fourier entrevit, au début du siécle, le caractére naturel de ces cataclysmes économiques qui font surgir l'extrême dénûment de l'abondance des produits, une misére affolante des progrés excessifs de la richesse générale. La découverte était d'autant plus géniale qu'au commencement du siécle la France entrait à peine dans l'ére de l'industrialisme et que les déductions de Fourier s'appuyaient sur des observations, bornées par l'état de nos relations avec l'Europe, aux faits de l'industrialisme français. Parmi les économistes de la premiére moitié du siécle, Sismonde de Sismondi fut un des rares écrivains qui s'arrêtérent sur ce phénoméne - au moins en France, où, même aujourd'hui, l'économie libérale répugne à avouer l'existence normale de~ crises de surproduction. Les socialistes de la même époque, Pecqueur, François Vidal, Proudhon, Louis Blanc, Considérant parlérent à diverses reprises de cette manifestation effrayante de l'anarchisme économique, mais sans rien ajouter de bien important aux observations de Fourier et de Sismondi. Il faut aller jusqu'en 1857, c'est-à-dire jusqu'à M. Clément Juglar, pour trouver une étude approfondie du phénoméne, étude basée, non plus, comme jusque-là, sur des-déductions et des démonstrations logiques, mais sur des chiffres relevés avec soin et minutieusement comparés. - Dans un mémoire couronné par l'Académie des sciences morales et politiques, cet auteur relevait, en 1857, les principales crises survenues depuis le commencement du siécle et, pour expliquer l'évoh:1tion du phénoméne, il groupait en une série de tableaux d'une signification saisissante l'ensemble des faits qui précédent, accompagnent et suivent une crise commerciale. Travaillant à la campagne, loin de mes livres et de toute bibliothéque, je n'ai pas sous la main le volume de M. Clément Juglar, mais voici, de mémoire, assez exactement résumées, je crois, l'ensemble de ses observations et de ses conclusions : M. Juglar distingue les périodes normales de production des périodes de suractivité qui précédent immédiatement les crises et il reconnaît les secondes à l'inflation exagérée des salaires et des prix des objets de premiére nécessité, au développement extraordinaire des opérations de banque et d'escompte, à l'accroissement prodigieux du commerce général à l'extérieur- le tout brusquement suivi d'une contraction financiére, d'une crïse de crédit qui resserre le mouvement des échanges·, améne une hausse du taux de l'escompte, une chute des salaires, des loyers, la suspension des affaires, le ralentissement presque immédiat / de la production, u_ne dépréciation générale de la fortune publique et '\

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