I REVUE DES REVUES 357 la classe patronale, semant la ruine, les faillites et les fermetures d'atelier, dans les rangs de celle-ci. Si donc, en 1883-84, la crise avait déchaîné une agitation ouvrière intense, l'émotion n'était pas moindre dans les rangs de la classe patronale. Les industriels se plaignaient, tout comme les ouvriers, du resserrement du marché, survenu :\ la suite du krach <le 1882 et de la suspension des affaires. Seulement, ils attribuaient les causes de la dépression à de tout autres circonstances. Pour les uns, les difficultés que traYersait la production française proYenaient de la hausse inconsidérée des salaires, des exigences croissantes de la classe ouvricre que dévoyaient ks prédications socialistes. D'autres accusaient la concurrence étrangérc, le libéralisme de nos tarifs et réclamaient ;\ grands cris une protection cconomiquc efficace. Un grand nombre, enfin, dénonçaient le traité de Francfort et son fameux article 11 comme la cause de tout le mal. En fin de compte, tous réclamaient avec une protection eflicace du travail national - c'est-a-dire des tarifs protecteurs - la faculté de réduire les salaires et une répression vigoureuse du socialisme qui, en exaltant la lutte des classes, en excitant l'c11Yie des OU\'l'iers, accroissait la somme de leurs exigences et plaçait l'industrie française dans un ètat d'infériorité absolue vis-à-vis l'industrie étrangére concurrente. Je tentai de démontrer que le malaise général dont ~eplaignaient patrons et ouvriers était le résultat d'une dépression dont le krach de 1882-83 avait été le point de départ. Pour cela, j'éliminai d'abord les causes étrangcrcs invoquées par les patrons et les protectionnistes: la concurrence, la supériorité croissante du chiffre des importations et la libéralité trop grande des tarifs douaniers, à l'aide de? statistiques commerciales de l'Angleterre et de l'Allemagne et d'un examen comparé des tarifs douaniers en France, en Angleterre, en Allemagne, en Autriche-Hongrie, etc. Après quoi, j'abordai l'hypothèse de la crise de surproduction, en appliquant aux annces 1870-1883 l'analyse des diYers facteurs economiques relevés par M. Clément Juglar comme· caractéristiques des phases d'évolution que traversent les échanges. Je renvoie le lecteur curieux de s'assurer du parallélisme des faits A cette étude, qui parut dans le premier numéro de la Revue (janvier 1885). Il verra quelle concordance absolue révélait le rapprochement des opérations de banque, du taux de l'escompte, des prix du blé, l'U loyer, de l'intérêt, etc. C'était la confirmation éclatante des données de M. Juglar, en même temps que la preuve irréfutable que les difficultés traversées par la production française étaient d'ordre, non point local, mais universel, dues au jeu naturel de la production, soumise à des inflations périodiques que suit immédiatement la catastrophe du krach. M. Juglar n'a cessé, depuis 1857, d'observer année par annee, la
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