L'EXTENSION UNIVERSITAIRE D'abord, il s'agit pour eux d'induire les ouvriers à tuer leurs soirées plus sainement à tous points de vue que dans les bars à (< musique » ou non. Il n'y a là rien que de louable. Empressons-nous toutefois d'ajouter que l'on n'est pas fâché de les détourner, par la même occasion, d'une frèquentation assidue des meetings privés ou publics organisés par l' « Independent Labour Party» ou la« Social Democratic Federation. » Le second objectif, lequel n'est peut-être pas expressément visé, mais n'est atteint que trop souvent, consiste à saturer d'éducation bourgeoise un certain nombre de prolétaires, jusqu'à les transformer insensiblement en étrangers à leur classe d'origine, et, par une conséquence fatale, - bastes,bostis, - en auxiliaires, plus ou moins inconscients, de la classe régnante. La tragédie grecque, Mozart, les peintres anglais, Shakespeare, Dante, la mythologie grecque, Browning, Rossetti, Swinburne, voilà 'quelques ·spécimens des thèmes qui accaparent la moitié du pro-. gramme. Personne ne songe à contester que les producteurs ont plein droit d'être initiés, eux aussi, à la « religion de la beauté », selon ses divers rites: plastique, lyrique, etc., et ses confessions l~s plus anciennes comme les plus modernes. Mais l'histoire des arts et des lettres ne représente point les connaissances dont l'assimilation est pour eux le plus urgente. • Nous touchons là précisément à ce qu'il y a de néfaste dans l'énorme influence de Ruskin, prophète en son pays. Beaucoup de « missionnaires », fidcles à l'évangile du maître de Brantwood, ont inculqué à leur auditoire cette conviction qu'il n'est pas de réelle supériorité hors celle basée sur la culture esthétique. S'imaginent-ils susciter par la l'éclosion de génies? Les poètes, les peintres, les sculpteurs, n'ont besoin de s'instruire qu'après coup, si tant est qu'ils en aient besoin, et bien rarement la misère a étouffé une voix positivement belle, entravé un pinceau ou un ciseau positivement prestigieux. La majorité des grands artistes ont surgi des plus sombres abîmes de la multitude. Ceux qui enveloppèrent de dentelle les cathédrales gothiques et les mosquées persanes n'avaient même pas de nom. Lorsqu'on plaint Gilbert ou Chatterton, leur talent n'a rien à y voir, et pour cause. C'est une lapalissade de dire que, s'il faut de l'argent pour-permettre à un ouvrier de révéler du génie dans la physiologie, par exemple, son camarade voué à la poésie n'a pas de trousse ni de cadavre à acheter pour produire des vers mémorables. Ce qu'il dissèque, lui, c'est son cœur, et les fantômes qi}lil y cultive; or, tout le monde est censé posséder le premier, et les seconds ne· coûtent qu'un peu d'insomnie.
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