La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE et on sait que le caractère principal du primitif est la crainte et •l'avc;rsion de l'inconnu. Un homme qui serait placé assez haut, qui pourrait parler assez fort pour être entendu de toutes les nations, qui serait assez connu d'elles pour leur inspirer confiance, pourrait leur crier que leur crainte mutuelle est aussi vaine que criminelle leur aversion réciproque. Un tel homme n'existe pas, du moins à l'ctat d'unitc, mais tout nous annonce que les voix qui disent ces choses seront prochai-: nement entendues. Elles le seront quand chaque citoyen aura la faculté de parler, quand chaque citoyen aura la faculté d'entendre, en un mot quand la démocratie se connaîtra. On ne peut dire qu'elle se connaisse complètement même dans les collectivitcs qui en sont comme l'aYant-garde. Pour si engagés dans l'avenir que nous soyons, le passé nous tient encore par mille liens. Henri Heine nous raconte l'algarade que firent de libres citoyens américains à la fille d'un pasteur qui avait eu l'audace d'épous·er un nègre. Les éléments les plus progressifs de la démocratie européenne 'nous offrent des spectacles tout aussi contradictoires. N'avons-nous pas vu la chambre syndicale des typographes français lutter pendant des années contre l'introduction des femmes dans leur profession? Il est vrai que le patronat, par l'emploi des femmes, comptait susciter aux ouvriers masculins une concurrence qui fit baisser les salaires. Il est vrai encore que par leur éducation les ouvriéres françaises étaient réfractaires à toute organisation syndicale qui, tout en sauvegardant les salaires des hommes, eût en même temps sauvegardé les leurs pro- ' pres. Mais il faut avouer que la chambre syndicale combattit les femmes sans même avoir tenté de les incorporer à cet organe puissant de défense professionnelle. N'avons-nous pas vu également les socialistes d'un pays voisin faire une émeute contre la police qui voulait les empêcher de se livrer au jeu grossier et cruel de l'anguille? Ne voyons-nous pas certaines populations du midi invoquer les libertés communales quand on veut leur interdire la barbarie des courses de taureaux? On voit tous les jours ainsi de pacifiques et féconds outils de travail se transformer dans la main d'un furieux en instruments de mort. Quand les plus criantes de ces contradictions auront disparu, tout au moins parmi le plus grand nombre, quand la collectivité seconnaîtra, c'est-à-dire connaitra ce qui est nécessaire à son existence, à l'accord de chacun de ses membres avec tous les autres, elle ne lais- • • sera à l'État que les services publics utiles et supprimera les autres. Alors, certainement il restera peu de chose, sinon rien du tout, des trois services primitifs de la Cité. Si la civilisation entretient encore des soldats, ce sera sur ses confins, aux frontières de la barbarie et de la sauvagerie; mais tout porte à croire que ses ingénieurs, ses médecins, ses agronomes feront plus pour l'unification du globe que ses

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