La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA CITÉ IDÉALE oppressifs et compressifs qu'il affe.cta dans la longue suite des âges et qu'il posséde toujours dans les pays de civilisation inférieure. De leur côté, encore aujourd'hui, les agents de la puissance publique croient trop exercer pour leur compte un pouvoir qu'ils ne doivent exercer que: dans là limite des lois et de leurs attributions déterminées pour le -( service du public. La diYision de la société en possédants et en nonposséd:rnts, en bourgeois et en prolétaires, en citoyens réels et en citoyens ,·irtuels n'a pu qu'entretenir cette illusion, qui n'est pas faite seulement d'apparences, qu'un fonctionnaire n'est pas un serviteur du public, mais son maître, et que l'État tient la Cité sous sa dépendance. On peut mesurer le progrcs accompli par une nation au point de vue: démocratique, et, on peut ajouter: au point de vue de la civilisation genérale, à l'importance qu'y ont conservée au regard des autres les services publics qui jaillirent spontanément dans la Cité primitive pour assurer la défense commune contre l'agression extérieure, pour le maintien de l'ordre intérieur contre l'agression des particuliers et pour conserver a la Cité la fayeurdu dieu ou des <lieux qu'elle avait adoptés. Toute cité s'est appuyée sur la caserne, le tribunal et le temple, et pour témoigner de l'antériorité de leur institution le soldat, le juge et le prC:trc se distinguent encore aujourd'hui du reste de la nation par le costume. Dans les cités que notre civilisation a essaimées dans le nord ,,, de l'Amérique et en Océanie, l'uniforme, la toge et la robe ont presque dl-sparu. L'armée est une milice réduite au minimum d'effectif, la magistrature est une fonction électiYe dont la source émane directetcment des justiciables, les clergés sont des corps de particuliers relevant uniquement des fidéles et ignorant l'État, qui les ignore aussi. Nos démocraties de la Yieille Europe n'en sont pas encore a cc point de développement; nous avons \'U pour quelles causes. Les mêmes c~n.ses, si la démocratie américaine n'y prend garde, pourront arrêter un jour son développement et le ramener au point ou nous sommes encore. Pour l'Australie, le péril est moindre, la démocratie ayant développé parallèlement ses conquêtes sur le terrain politique, économique et social dans ce pays. En réalité, dans nos pays <l'Europe, ces trois services publics primordiaux, dont la nécessité a disparu aux yeux de ceux qui contemplent la réalité à la lumière des principes du droit moderne, ne subsistent pas seulement parce qu'ils sont les instruments de domination de la classe possédante, mais surtout parce que la classe non-possédante ne sait pas encore s'en passer. Confinées dans les limites de leurs frontières respectives, les masses populaires de l'occident européen qui se sont déjà élevées au concept de solidarité nationale, en sont encore à considérer le peuple voisin comme un agresseur possible·. Les masses sont restées primitives sous ce rapport,

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