La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

( LA REVUE SOCIALISTE d'un tel État existe dc'.:jàn.'.:ellcmcnt dans la société moderne - peuton penser un seul instant que la raison d'État s'oppose à la raison de l'individu, et le droit de l'État au droit de l'individu, que la doctrine du salut public opprime le citoyen? Le droit public, dans l'État constitue ainsi, n'est pas autre chose que la totalisation des droit3 individuels, et quand le droit d'un seul individu est violé, on ne peut pas dire guc le droit public existe. Si jusqu'à présent le droit public a pu s'opposer aux droits individuels ou les limiter, c'est parce qu'il était constitué par une minorité et à son profit et, redisons-le, que la majorité n'y participait que subsidiairement et par répercussion. Quant au salut public, pseudonyme de la raison d'État des temps passés, il consistera précisément dans le salut de chacun des citoyens dont se compose le public. La raison d'État de l'avenir sera la raison de chaqLLÇindividu associé à la raison de tous pour faire enfin de la loi la garantie et la sanction de la liberté individuelle. \l Il [ L'ÉTAT ET. LES SERVICES PUBLICS Pour quantité de gens encore, l'État est une puissance extérieure et supérieure à la nation et ses agents de direction et d'exécution sont au-dessus des autres citoyens. Cette manière de considérer l'État et ceux qui en ont la charge n'est pas absolument fausse et arbitraire. Elle vient de cc que l'exercice de la puissance publique a été en effet à l'origine extérieur et supérieur à la nation; de cc que la force a soumis à une caste d'envahisseurs les laboureurs et les artisans; de cc que cette caste avait primitivement pour objet fondamental de tirer son loisir et son bien-être de la masse soumise par la force ù sa domination; de cc que les lois de police essentielles n'ont pas été imposées d'abord par cette caste et qu'elle a eu pour principal souci de garder sa conquête; de cc que les lois de police instituées par la communauté soumise ont eté incorporées aux autres volontés du conquérant et soumises également à son bon plaisir jusqu'à cc que des révoltes ou des recours extérieurs eussent contraint celui-ci à accorder une charte à la communauté; de cc que les offenses au suzerain étaient toujours plui. durement réprimées que les dommages même les plus graves causés aux particuliers ou à la communauté; de ce qu'enfin la force avait présidé à l'organisation de la puissance publique non dans l'intérêt public mais au profit de qui détenait la force. Non seulement la masse a pris ainsi le pli de servitude mais le pouvoir ne s'est pas encore lui-même débarrassé complètement des caractères

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