La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

'NOTRE DÉCADENCE ÉCONOMIQUE était de 961,000 tonnes en 1888, de 948,000 en 1891, de 894,000 en 1896 : de 1888 à 1891, la diminution annuelle moyenne a été de \ 4,330 tonnes.·; de 189 r a 1896, de près de 11,ooo. Et pendant ces deux périodes, les marines étrangeres développaient sans trêve leur capacité. ~'Allemagne, qui n'avait pas 800,000 tonnes en 1886, arrivait l'année dernière au total de 1,551 ,ooo - 660,000 tonnes de plus que la flotte française. Nous extrayons une statistique autrement suggestive encore d'un annuaire britannique. On y apprend que notre marine à vapeur est restée stationnaire de 1886 à 1895 - mais que pendant le même laps de temp~ celle de l'Angleterre gagnait 54 °/ 0 , celle de -la Hollande 72 °/o, celle de-1'Allemagne 9-1-0 / o, celle de l'Italie 53 °/ o, celle de l'Espagne 37 °/o• Le même 0ll\'rage nous montre que l'Espagne, en fetard.-<le 116,000 tonnes sur nous, à l'une des extrémités de la période, nous battait de 26,000 a son autre terme. On s'explique maintenant que dans.nos ports, les pavillons étrangers conquièrent une place de jour en jour plus large, qu'ils couvrent même une part sans cesse plus considérable de nos échanges. On comprend que la navigation sous les couleurs françaises sur notre littoral soit tombée (1891-1896) de 9,050,000 tonnes à 8,435,000, tandis que la navigation sous les autres couleurs restait du moins égale à elle-même. On conçoit que la proportion de la marine française dai1s nos transports soit descendue de 36 °/o a 34 °/o, tandis que celle de la marine anglaise s'élevait à pres de 46 °/o à l'entrée, à près de 36 °/0 à la sortie (1). De plus en plus, pour nos propres serYices, nous devenons les tributaires des autres puissances, des innombrables cargo-boats britanniques, comme des immenses transatlantiques allemands de Hambourg, les Kaiser Wilhelw der Grosse, les Pensylvania, les Prétoria aux tonnages ~nonnes qui viennent jusque dans nos havres militaires solliciter nos passagers. La réduction de notre effectif marchand va de pair avec la décad~nce de notre pavillon dans les ports de l'Ancien et du Nouveau .Monde. Les rapports de nos agents consulaires sont pleins de doléances motivées sur la raréfaction des bâtiments français dans les entrepôts, grands et petits, d'Asie et d'Amérique. A Singapour, Yokohama, HongKong, la Nouvelle-Orléans, Valparaiso, etc., jusque dans certains marchés de premier ordre du continent européen, Trieste entre autres, notre marine se laisse rapidement et facilement distancer, alors qu'en un prodigieux élan, le contingent allemand vient parfois toucher et menacer le colossal contingent du Royaume-Uni. (1) On a constaté tout récemment que sur plusieurs dizaines de bâtiments arrivés à Marseille charges de blé, pendant la suspension des droits, 1111 seul était français.

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