La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

268 LA REVUE SOCIALISTE trouvent leur profit à fournir des capitaux, des canons et des fusils aux gouvernements, n'en auraient aucun à ce que ce matériel de destruction fût utilisé, au contraire. Le militarisme qui anime la bourgeoisie européenne et compléte son caractère réactionnaire prend donc sa source dans une nécessité d'un autre ordre que la nécessité de défense nationale. L'armée est la sauvegarde matérielle de la bourgeoisie capitaliste contre le socialisme, comme les clergés des divers cultes sont sa sauvegarde spirituelle. Les divers pouvoirs politiques de l'Europe sont dominés par le capitalisme tout-puissant désormais identifié avec toutes les forces conservatrices et l'on s'explique ainsi que dans une allocution aux soldats allemands l'empereur Guillaume II ait pu dire : « Si on vous commande de faire feu sur votre père ou votre mère, vous devez obéir. >> On sait qu'en France la première épreuve des nouveaux fusils à tir rapide s'est faite à Fourmies sur des poitrines ouvrières. La bourgeoisie, en utilisant toutes les forces sociales à la défense du régime capitaliste, est désormais en état d'hostilité vis-à-vis du progrès général. Elle ne peut ·plus affirmer une idée sans que cette idée devienne une arme contre elle-même. Elle en est réduite à faire penser le prêtre et agir le soldat pour elle. Or, ce sont là des forces inférieures et qui ne peuvent avoir d'efficacité que dans les civilisations inférieures. Ce régime, qui peut convenir à des Turcs ou même à des Russes, est en trop violente contradiction avec les manières d'être et de penser des-peuples occidentaux pour que cette réaction amenée par la crainte du socialisme ait la moindre chance de durée. V LES ÉTATS DANS L'ÉTAT Un des buts principaux de la Révolution française a été de remettre aux mains de l'autorité publique les attributions et pouvoirs divers que la monarchie n'avait pas encore réunis dans les siennes ou en avait laissé échapper. La monarchie française, qui fut en grande partie une création de la bourgeoisie, principalement par les juristes et les administrateurs publics, était pour la portion éclairée de la nation le symbole de l'ordre dans l'unité, tandis qu'aux yeux de la caste féodale et militaire le monarque n'était qu'un chef de guerre, un seigneur féodal à qui ses pairs avaient consenti une certaine suprématie. Le Moyen-Age, l'âge féodal, se clôt sur la vigoureuse tentative d'unité de Louis XI, mais, même après que Richelieu aura brisé les dernières résistances de la féodalité, même lorsque Louis XIV dira fiè-

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