LA CJTÊ IDÉALE et du présent. Tout ce que la bourgeoisie a abandonné pour garder la richesse, le socialisme s'en est emparé. Il s'est installé Jans ce magnifique domaine d'idées qui demain seront des faits, et par elles il s'apprête à déposséder la bourgeoisie de l'étroit domaine matériel à la conservation duquel elle a tout sacrifié. Car elle en est venue au sacrifice suprême, précurseur de la dictature ou de la révolution. Son libéralisme philosophique n'a pas tenu longtemps devant l'emploi que le socialisme en a su faire. Il était naturel qu'à la doctrine de résignation de l'Église, le socialisme opposât sa doctrine d'espérance, et qu'à l'enseignement de soumission répondit un enseignement de libération. Il était non moins naturel que ceux qui contestaient la légitimité des modes actuels d'acquisition de la richesse, tous basés sur l'exploitation du travail d'autrui, ne reculassent p:is devant le libre . examen des dogmes, d'autant que la classe capitaliste entendait opposer ces dogmes à leurs efforts d'émancipation. Par les savants et les penseurs nés d'elle et applaudis naguére par elle, la bourgeoisie avait ruiné tout espoir d'au-dela pour les prolétaires. Son retour à la religion ne pouvait être considéré que comme une manœuvre politique bien faite pour encourager le socialisme dans sa marche en avant et pour discroditer les religions tombées au rang <l'expédient chargé <l'asH1rerla sécurité des riches en prêchant la résignation aux pauvres. La bourgeoisie va jusqu'au bout dans cette voie rétrograde. A son internationalisme de naguére, qui n'était pas du cosmopolilisme mais un patriotisme éclairé, elle a substitué, sans plus <leconviction et pour les mêmes motifs que son renoncement à la liberté <le penser, un chauvinisme hargneux et stupide, aussi dangereux pour l'intégrité des nations que pour les libertés publiques. En Allemagne, elle invoque la nécessité de conserver l'unité nationale opérée par le fer et le feu, et elle fait ainsi le procès de sa propre incapacité, puisqu'elle a dû laisser aux féodaux une entreprise qui était dans sa mission historique et devant laquelle elle a reculé, de peur de déchainer le peuple, instrument nécessaire de toute révolution réelle. En France, elle invoque la revanch~o11he l'Allemagne, bien qu'elle n'y songe plus depuis longtemps, car si elle eût sincérement voulu réparer la violation du droit des nationalités commise à notre détriment en t87 r, elle n'avait qu'à fortifier en Europe et en France les sentiments démocratiques grâce auxquels le droit <lesnationalités trouve ses sanctions et ses réparations, et •elle s'est bien gardée de le faire, puisque notre pays a cesséd'être, depuis qu'il est en république, l'asile ouvert aux proscrits de la démocratie et la seconde patrie de ceux qui aspirent a la liberté. Ceux qui la ménent ont des intérêt_s engagés dans tous les pays d'Europe, et si depuis vingt-sept ans la guerre n'a pas éclaté entre les grandes nations qui s'épuisent en armements, c'est parce que les féodaux du capital, s'ils
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