I LA CITÉ IDÉALE rité qui parfois tran$portait ·une partie de la masse bourgeoise hors d'elle-même, l'enthousiasmait d'idées libérales dans le vrai sens du mot, la jetait à la tête du peuple sur les barricades pour la destruction de quelque vestige de l'absolutisme ou la conquête de quelque droit nouveau·. Car cc n'est pas en vain que l'on acqui€rt la connaissance. Rien ne porte au désintéressement et à la propagande comme la possession d'une vérité nouvelle et le désir de la voir adopter par l'unanimité. La bourgeoisie instruite était donc forcément libérale : Ses poètes, ses historiens, ses philosophes ne regardaient les frontières que comme des divisions administratives, et ses hommes d'action s'unissaient par dessus ces frontières pour le combat contre la Sainte-Alliance des hommes du passé. Chaque révolution de France avait son contre-coup dans tous les États de l'Europe: le moindre tressaillement de liberté en Pologne, en Hongrie, en Lombardie, en Belgique, soulevait en France des enthousiasmes. Le régime militaire, instrument de compression -politique, e;xcitait l'indignation de la bourgeoisie, Elle ne se grisait pas de la gloire hypothétique de conquêtes à entreprendre ou de revanches à prendre. Ses revanches, elle les prenait contre l'absolutisme, et ses conquêtes elle les demandait au progr~s politique et social. Elle n'invoquait pas l'histoire ni l'ethnographie pour la constitution, le réveil ou le maintien des nationalités, mais la volonté librement exprimée des citoyens qui demandaient à constituer un corps de nation. Elle ne tei1ait pour légitimes que les guerres contre l'oppression intérjeure ou extérieure, et comme les militaires étaient par définition les agents de cette double oppression elle les avait en piètre estime. Elle se rappelait avec amertume ce qu'avait coûté aux libertés publiques et à la paix du monde l'élévation de l'un d'eux à la plus prodigieuse fortune que puisse rêver un aventurier qui n'a pour tout bien que son épée, Elle ne limitait pas à elle-même son libéralisme et ne l'enfermait pas dans les limites de sa classe. Elle ouvrait des écoles pour les enfants du peuple, apprenait aux prolétaires qu'ils sont des citoyens, propageait .parmi eux le libéralisme philosophique, le rationalisme, et entrait hardiment en lutte contre les dogmes et ceux qui les enseignaient aux foules. Mais pour ce qui est du libéralisme économique, elle en eut toujours la conception fausse étroitement individualiste ou plutôt insolidariste· qu'on sait, et elle s'en tint à recommander l'épargne aux prolétaires comme moytn d'émancipation personnelle, et la coopération comme unique moyen d'émancipation collective. Le caractère social que les prolétaires entendirent imprimer à la Révolution de 1848 donna le premier signal de la rétrogradation du libéralisme bourgeois, et elle traita en pupilles ingrats et dénaturés ces ouvriers qui prétendaient faire servir leurs droits politiques à l'acquisition de droits économiques qu'elle ne pouvait leur accorder sans \
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