La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE philosophique de l'idée ont dompté un instant les mauvaises passions qui se masquent d'un patriotisme mal conçu. On peut affirmer que la majeure partie des témoignages d'approbation ont été beaucoup moins à la conclusion étroite de la circulaire qu'à l'exposé des motifs autrement élevé qui lui donne son véritable caractère. Ce que les masses ont salué dans la lettre du comte Mouravief, c'est la pensée qui. l'anime, c'est la flétrissure de la guerre qu'elle implique à chaque ligne, c'est l'éloge continuel de la paix qui s'en dégage avec une force singulicre. L'heure où Nicolas II a lancé sa proposition, les circonstances que traverse le monde civilisé, étaient en elles-mêmes assez sombres et inquiétantes, pour de prime-abord concilier la sympathie des peuples à toute initiative d'humanité. Depuis quatre ans, un cyclone de conflits armés a remué les mers et les continents. La lutte entre la Chine et le Japon, puis la ou les crises d'Orient, puis le choc de l'Espagne et de l'Union Américainè ont successivement répandu des flots de sang. La guerre tournait autour de nous, menaçante, comme prête à englober des masses d'hommes toujours plus compactes. Les problèmes d'Extrêrne Orient et des Balkans avaient porté à un degré d'acuité excessif les rivalités sommeillantes; l'entrée en scène des Etats-Unis dans la phalange des Etats militaristes, les appétits nouveaux que leur politique trahissait, ajoutaient à l'avenir un formidable inconnu. C'est à une date extrêmement trouble et mystérieuse de cette fin de dix-neuvième siècle, en un moment oü partout, en Angleterre, en Allemagne, ailleurs encore, on songeait a renforcer les contingents terrestres et marjtimes que la circulaire Mouravief a été publiée : on peut dire qu'elle a eu tout le succes d'un épisode théâtral inattendu, et presque foudroyant de merveilleuse innaisemblance. Est-il besoin d'exprimer longuement les réflexions que l'initiative de Nicolas I[ provoquera chez tous les socialistes conscients? Certes les conclusions que la démocratie internationale formule dans ses assises périodiques sont autrement larges et précises, l'anathème qu'elle jette à la guerre, au militarisme, est autrement vibrant, et ce n'est pas à l'arrêt des armements futurs que se limitent nos aspirations. Mais qui ne se réjouirait, parmi nous, de voir l'un des souverains les plus puissants seconder les efforts que le prolétariat universel multiplie sans trêve pour assurer la fraternité entre les hommes? Qui ne saluerait avec bonheur, ayec fierté, l'hommage rendu par l'autocrate des Russies aux idées rénovatrices que nous défendons, le prélèvement qu'il a accompli, bon gré mal gré, sur le fonds de la doctrine révolutionnaire? Les arguments qu'il développe contre les conflits armés, ce sont ceux que de Fourier a Malon, tous les socialistes français ont mis en lumière avec une admirable netteté; le vœu qu'il a émis en faveur de la paix, il

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