DÉSARMEMENT? DÉSARMEMENT? (Sur la Circulairedu comteMouraviefdu 24 août I 898) La circulaire que le comte Mouravief, sur l'ordre de Nicolas II, a adressée aux ambassadeurs des puissances, marquera, quoi qu'il arrive, une date considérable dans l'histoire. A l'égal des plus grands événements, elle a eu le don d'émouvoir, à la fois, dans les Deux Mondes, et les foules et les classes dirigeantes. Pendant des jours et des jours encore, on parlera de l'initiative de l'autocrate de toutes les Russies comme d'un acte décisif qui aura suscité ici de la. stupeur, là de l'ad- .miration mêlée de scepticisme, qui, en tout cas, aura imprimé aux nations dites civilisée_sune secousse nerveuse, un ébranlen1ent d'une extraordinaire amplitude. C'est la premiére fois, depuis vingt-huit-ans, depuis l'ére d'atroces tueries qui dura presque sans tréve de 1854 à 1871, qu'une parole de paix empreinte d'émotion a été proférée par le chef d'un grand État militaire. Il convient de réduire à sa légitimê portée la proposition formulée par Nicolas II : ainsi restreinte, elle paraîtra déjà assez haute, assez pleine de sens. Le czar n'a point préconisé, comme beaucoup l'ont cru et dit, le renvoi de tous les soldats européens dans leurs foyers, ni même la diminution plus ou moins immédiate des effectifs actuels. Le programme qu'il soumet à l'examen des chancelleries comporte seulement l'exclusion de tout armement nouveau pour l'avenir. Cette interprétation ne ressort pas uniquement des termes mêmes de la circulaire Mouravief; elle est corroborée par les commentaires dont les journaux de Pétersbourg, le Novoié Vremia entre •autres, ont entouré le texte de ce document. Comment donc expliquer l'enthousiasme qui s'est fait jour partout, même dans les feuilles les plus chauvines et qui paraissait étrangement dépasser la juste mesure? Il y a eu sans doute satisfaction affectée chez certains; chez d'autres le respect humain et la beauté 17
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