- REVUE DES LIVRES 2 53 conforme ses méthodes aux méthodes scientifiques générales. Bos~uet a fait de la sociologie, et tout n'en a pas été arbitraire puisqu'Augustt: Comte a pu le rattacher à la série des pré..:urseurs du positi\"isme. M. Tarde utilise pour ~a sociologie les lois géqérales d'évolution affirmées par Darn·in. D'.rntres viendront encore, qui ne se décourageront pas d'avoir eu un aussi grand nombre de prédécesseurs et <le si différents, au contraire; chacun d'eux pousse la voie plus avant, mais aussi l'élargit au point de s'en aller errer par des tangentes qui donnent à un successeur l'occasion de rectifier le tracé et de pousser plus loin l'œuvre collecti\"e. ;\Ltis la sociologie ser.H-clle une scienœ? J'incline plutôt :, (roire qu'elle sera une philosophie des sciences appliquées :i l'art des sociétés. Ceci ne veut pas dire qu'elle ne devra pas tenir compte des méthodes scientifiquc:s pour ses coordinations géncralcs, ni que pour l'observation de~ phénomènes elle devra faire fi de l'analyse. La sociologie :rnra ses méthodes propres et :M. Tarde l'a bien senti, lui qui combat « le préjugé ;\ la fois populaire et scientifiquc » qui compte pour rien l'intinitésimal. Il est de toute évidence qu'en sociologie on doit partir de l'étude de l'individu, étrc mieux connu, pour :iboutir :\ la con- , naissance de la sociét.'.·, ensemble moins connu, pour ne pas dire inconnu, étant données les di\".1gations auxquelles se livrent les esprits les plus cultivés quand ils parlent de la société. M. Tarde, ici, reprend, et il a raison, sa vieille querelle contre cette .::onœption spencericnne que la société est un organisme. Mais cc n'est pas ici le lieu d'y entrer. Ce dont nous sommes certains, c'est que l'être hun11in est un ètrc homogène, distinct, caractérisé. C'est à son profit que les sociétés se forment, se développent, se perfectionnent. C'est par lui que se font ces formations, développements et améliorations. A l,1rigueur, il eùt vécu sans elles - dans quelle infériorité animale, il n'est pas· besoin dl· le dire; mais elles ne sont rien sans lui. Si, donc, on Yeut connaître les sociétés, appliquer à kur conduite les avantages de cette connaissan..:e, il faut avant tout connaître l'homme social. Les sociologues peuvem do111:dire aux savants : Faites-nous de bonne physiologie, faites-nous, par elle, de bonne psychologie, et nous \'Ous ferons de bonne sociologie. Tout le reste n'est que vaine scolastique. C'est évidemment prendre la question par le bout k plus difficile. Mais c'est aussi la tenir solidement. Il va de soi qu'on ne parle pas d'étudier l'individu en dehors des sentiments, des idées, des préjugés, des habitudes, des mœurs, des fonctions qui le caractérisent. C'est l'individu vi,·.1nt ..:n société qu'il s'agit d'étudier, c'est-à-dire un être social, produit du temps et du milie'u. Il faut donc voir ce que le temps et le milieu ont déposé d'impressions dans son cerveau, car il ne s'agit pas de disséquer un cadavre, mais de saisir un vivant dans tous ses a.:tes et impressions de relation a,·ec ses semblables et avec les choses. Pour M. Tarde, je l'ai dit dans un précéclent article, trois lois régissent les phénomènes « individuels et, partant, sociaux : la répétition, l'opposition, • l'adaptation. La répétition, ou imitation, est aux phénomènes psychiques et sociaux, ce que l'hérédité est aux phénomènes organiques. C'est la tendance à passer par voie· d'amplification progressive d'un infinitésimal relatif ;\ un infini relatif». L'opposition est aux phénomènes psychiques et sociaux ce ·que
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