REVUE DES REVUES 2 35 ------------------------------- clature de M. Vergniol, sont précisément ceux qui recoururent le moins « aux couleurs les plus criardes et aux tons les plus discordants » et se refusent le plus le plaisir d'être« excentriques et inintelligibles». Cela va même si loin, que c'est sans doute de n'avoir le style de personne ni de lui-même que M. Claretie a cette fortune d'être lu de tout le monde. D'ailleurs, M. Vergniol semble faire une confusion entre le style, 1ui fut toujours, quoi qu'il en ait, personnel à !'écrivain, et la langue elle-même, qui est à tous et à droit aux respects de tons. Il invoque lyautorité des siècles disparus et va jusqu'à dire:« Est-ce que. le style de tous les écrivains du ·dix-huitième siècle (Saint-Simon rejeté au dix-septième) ne se ressemble pas? Affirmation :très risquée, qu'il s'empresse d'atténuer en reconnaissant que l'un a << plus de de vigueur», l'autre c< plus de légèreté, plus de grke ou d'éclat, de. précision ou de souplesse, et chacun, cela va sans dire,. avec ses qualités ou ses défauts, avec son tempérnme11p/ropre ». C'est moi qui souligne. Le tempcrament propre, ah! c'est prccisémcnt cc qui fait que chacun a son style; il faudrait bien peu connaître ses auteurs pour prendre une page de Voltaire pour une page de Montesquieu, ou une phrase de Rousseau pour une phrase de Diderot. J'excepte, et encore! le Diderot des drames bourgeois où il a fait du nouveau avec les procédés de style à la mode. lis parlent tous la même langue, une langue que nous trouvons un peu indigente (l\l. Vergniol est <le cet avis); mais chacun à son style propre. Il en est de même des co11te(nporai11s, et ceux d'entre eux que M. Vergniol accuse, parfois avec raison, de n'avoir pas seulement un style personnel, mais encore une langue personnelle, ne s'adressent justement pas au grand public. Par conséquent la démocratie, qui les ignore autant qu'ils l'ignorent, n'est pas coupable de leur méfait. Si la littcrature en meurt, cc ne sera donc pas la faute de la démocratie. Cet individualisme est bourgeois, mais point dcmocratc. Nous n'avons plus une littérature aristocrate, comme aux deux siècles précédents. Mais c'est bien pis: nous avons une littcrature censitaire. Pourquoi? Parce que la littérature est devenue objet de négoce. La concurrence entre les producteurs littcraires les pousse à diversifier leurs produits. Non seulement les sujets traités les spécialisent, mais encore la manière de les traiter, )e style. Dans les cpoques d'unité sociale et mentale, la littérature, tout aristocratique qu'elle fCit, était susteptible d'être comprise de tous. On l'a dit : le propre du chef-d'œuvre c'est d'être compris et admiré de tous. Chacune des unités dont se compose l'unanimité comprend à sa manière et selon ses moyens de compréhension; tel passage est admiré de telle catégorie, et tel autre de telle autre. Ce sont les intelligences les plus complètes qui admirent le plus complètement. Mais le chef-d'œuvre ne laisse personne I - -
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