La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

REVUE DES REVUES 233 ./ Edmond Scherer, pareille lamentation s'est fait entendre. Mais ces illustres exemples d'heureuses déceptions ne l'arrêtent pas. « C'est qu'aujourd'hui toute mesure est dépassée », dit-il. Se couvrant de l'autorité de M.. Émile Deschanel, il affirme qu' « il ne s'agit .plus d'une transformation, mais d'un bouleversement, dont la fin, naturelle et prochaine, est la destruction totale de l'ancien idiome ». L'auteur de l' Agonie du fra11çais, pour prouver son dire, « échenille » quelques pages d'académiciens; comme tels ils sont « chargés de défendre la langue ». Voyons comment la leur se tient devant l'impitoyable analyse de M. Vergniol. Tout en « rougissant >> de « relever >> des « vétilles », il ne craint pas de s'attaquer à celui d'entre eux qui passe à juste titre pour le plus pur des écrivains de ce temps-ci, et il releve des impropriétés, des incorrections, des constructions défectueuses, en petit nombre, il est vrai, en si petit nombre, somme toute, ~u regard de celles qu'il reproche a M. Paul Bourget, que les amis de la langue française ne sentent en rien diminuer leur estime pour M. Anatole France. A M. Pierre Loti, M. Vergniol ne reproche que des procédés de style, qui donnent à ses phrases un « air de simplicité et de négligence affectée i>. Mais « tout cela n'est que bizarre » et tout est bien, puisque « M. Pierre Loti en tire d'ailleurs des effets inattendus et saisisissants ». Toutes les sévérités sont pour M. Paul Bourget : emploi des néologismes, contre-sens, impropriétés, obscurites, ellipses • antigrammaticales, phrases incorrectes et boiteuses, voila tout ce que trouve M. Vergniol dans Une Idylle tragique. Puis il ajoutè d'un petit air innocent : « Je ne veux point condamner M. Paul Bourget sur ces ... négligences. » Sarpejeu ! monsieur, si vous ne condamnez en M. Bourget ni le « romancier puissant», ni le « psychologue subtil », tout a.u moins le tenez-vous pour un « bon écrivain» ?Vous nous soumettez le cas et le faites suivre d'un point d'interrogation. A votre compte, nul n'oserait plus écrire. Mais vous voulez bien rassurer vos justiciables. Lems incorrections et leurs négligences ne les empêcheront point d'être de « grands écrivains », s'ils ont du genie. Mais ils ne seront pas de « bons écrivains. » Je me rappelle à ce moment mon manuel de rhétorique, rédigé sans doute entre 1830 et 1840. Il y était fréquemment question d'un M. V. Hugo, de ses fautes contre le goût, le style et ... la langue. Et me voici encore un peu plus rassuré - pour les grands écrivains, s'entend. Les autres, écrivissent-ils selon la grammaire la plus intran- •sigeante, seront toujours les autres, rien de plus. Pourtant, cette querelle n'est pas inütile et je sais d'autant plus gré a M:-Vergniol de l'avoi_r soulevée que nous avons affaire, avec lui, à un conservateur de la langue point rétrograde ni grognon. J'estime, \ pour ma part, absolument nécessaires ces rappels au respect de la r

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