La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

REVUE DES REVUES 231 réclame pour tromper les acheteurs, et ceux-ci mis par la loi ellemême dans l'impossibilité de signaler la tromperie par une contreréclame. Ces observations sont fort justes. Elles sont la condamnation même de la forme mercantile du régime capitaliste ; comme il ne peut en revêtir une autre, la condamnation du régime capitaliste s'impose à tout esprit réfléchi que frapperont les observations de M. Belot. Pou,. lui, on le voit, l'individualisme ne consiste pas dans l'exercice du droit sans devoir correspondant, mais bien dans l'exercice du droit devenu un devoir lui-même. L'individu, en exerçant son droit, en prenant l'initiative de le conquérir sur l'arbitraire, n'agit pas seulement pour lui : il do11ne un exemple qui doit être suivi, il conquiert ou s'assure un droit qbi appartiendra a tous. • M. Belot croit a l'action personnelle, non seulement dans le domaine du droit, mais aussi dans celui des mœurs. « La grandeur croissante de la masse sociale a mouvoir » ne l'épouvante pas, car il sait que « cette· masse est singuliérement plus mobile physiquement et moralement » qu'autrefois, « les moyens de la mettre en branle sont plus puissants» aussi. Renoncer, donc, a notre liberté morale, c'est renoncer a notre autorité morale. De même, renoncer a notre initiative politique, a notre liberté, c'est renoncer à notre autorité politique et la laisser exercer par une catégorie d'hommes politiques et de fonctionnaires. Notre insouciance rouvre ainsi la porte a l'arbi- • traire. Ici une critique fort curieuse du régime démocratique, et qui fait réfléchir : « Cho.se singuliére, dit M. Belot, c'est peut-être l'avènement même de la démoGratie en politique, qui, tandis qu'il semblait correspondre a un idéal de liberté individuelle, a fait ainsi, dans la théorie comme dans la pratique, sombrer la foi en l'initiative personnelle. Car la démocratie donne aux mouvements sociaux un caractére anonyme, à l'opinion publique une puissance oppressive devant lesquels l'indépendance réfléchie de l'individu semble s'évanouir. La responsabilité diffusée a l'infini n'est plus directement sentie par personne; chacun, à tous les degrés, s'en remet a autrui du soin de décider et d'agir. » Sans charger le tableau de trop sombres couleurs, M. Belot eût pu ajouter - et il le fait dans une autre partie de son travail - que si, en démocratie chacun s'en remet à autrui du soin d'agir et de décider, chacun aussi observe bien plutôt la manière dont autrui agit que . la sienne propre. C'est l'état de confusion propre en somme à toute organisation qui s'ébauche, et nous en sommes encore à l'ébauche de la démocratie. Il se crée cependant, dans toutes les branches de l'acti• vité sociale eli p0litique, un contrôle mutuel d'ou naîtront avec le temps le self-contrôle et les responsabilités intérieures qu'il comporte. Donc, ne nous effrayons pas du « déplacement des respon1 '

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