La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

I LA REVUE SOCIALISTE Je sens que M. Belot a raison et je voudrais que tout le monde le sentît c·omme moi. Faisons donc la preuve de l'opération : la forme primitive et socialement inorganique de l'autorité est incontestablement l'arbitraire, absolument comme la forme primitive et socialement inorganique de la liberté est l'indépendance. L'arbitraire et l'indépendance se reconnaissent à ceci, qu'ils se passent de la loi. Dès que-. la loi se montre, ils reculent; dès qu'elle régne, ils disparaissent. Ou l'arbitraire et l'indépendance sont un état qui ne se maintient que par la force généralement ignorante des conditions du mieux-être personnel. Dès que l'individu dont l'indépendance est faite de la dépendance d'autres individus prend conscience de l'arbitraire de ses actes envers eux, il prend conscience non pas encore peut-être de l'injustice qu'il commet a leur égard, mais sûrement déja de la force qu'ils peuvent déployer contre la sienne et du péril où il se trouve de tomber à son tour sous leur dépendance. De son plein gré, ou pressé par leurs récriminations, il réglera ses rapports aYec eux de manière à les moins opprimer. Dès qu'une règle, une loi paraît, l'autorité se substitue,· dans les limites mêmes de cette loi à l'arbitraire, et la liberté naît dans la proportion même où ,;'est diminuée la dépendance. L'autorité n'appartient-elle alors qu'à celui qui la détient? Non certes. Dans les limites mêmes où elle s'est substituée à l'arbitraire, elle appartie1ft à tous ceux avec qui ou au nom de qui le contrat a été passé. Ils l'invoqueront dorénavant contre l'arbitraire, et cette autorité sera l'humble berceau de leur liberté. L'autorité est la garantie du pouvoir, mais elle en est en même temps le frein. Vienne la démocratie complète, et, par la loi, l'autorité et la liberté, réunies dans les mêmes mains,. seront indistinctement et pour tous les citoyens la garantie et le frein de leur pouvoir. Dès lors, l'autorité, émanée de tous, s'exerce au profit de tous et par tous. Ici donc, encore, l'autorité est la liberté même. Inutile de dire que dans notre milieu social basé sur l'inégalité économique, l'autorité prend trop souvent l'aspect de l'arbitraire, sans compter la part d'arbitraire que laisse subsister la loi et que, même, elle sanctionne, étant faite pour des individus idéalement égaux mais trop réellement inégaux. Cette réserve, M. Belot ne la fait pas suffisamment et sa formule de l'individualisme est ainsi trop théorique. Pourtant, reconnaissons qu'il proteste contre « notre conception tout individualiste du droit» et contre l'oubli trop fréquent et trop général de. ce principe : que « c'est pour le bien de tous que la société confère à chacun son droit». Il montre toutes les catégories de producteurs (< portant leurs doléances aux députés et aux ministres», tandis que les consommateurs, masse amorphe, inerte, n'ont aucun moyen de protestation. Il montre les vendeurs pouvant abuser de la. e / ., .

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