REVUE DES REVUES 229 M. Gustave Belot, s'affirme nettement individualiste et libéral. Mais cet individualisme et ce libéralisme sont si pleinement conditionnés par l'existence même de la société, sa conservation et son développement dans le seAs du mieux; ils prennent si fortement racine dans l'association humaine, et ont si consciemment pour fin le perfectionnement social, que nul socialiste ne peut refuser son adhésion à ces vocnbles enfin restaurés dans leurs vrais sens et signification. Ne nous effrayons pas du titre que M. Belot plante hardiment en tête de son article : La Resta11ratio11de l'Autorité. Pour lui, il n'existe d'autre autorité que celle émanée de la loi. Même celle-ci, des métaphysiciens l'opposent à la liberté. M. Belot proteste avec raison contre cette opposition qu'il appelle « une pure antithèse d'idées abstraites et de points de vue ». Selon lui, « l'autorité est une condition essentielle de la liberté ». Cette idée m'est trop chère pour que je m'associe au reproche que me fait M. Belot « d'insister sur de telles vérités ». Comme lui je dis et ne cesserai de le redire : Toute vérité reste bonne à dire tant que la pratique la méconnaît. C'est de la loi et de la loi seule, c'est-àdire d'une convention entre tous les intéressés, que naissent l'autorité et la liberté, qui sont les deux aspects de toute convention. « Entre celui qui, muni de pouvoirs définis, en use dans les limites de la loi qui les lui confère et en vue du bien collectif, et celui qui use du droit que la loi lui accorde comme simple citoyen, au nom et en vue de la même fin sociale, la différence n'est-elle pas purement relàtive et pratique? Celui qui défend son droit défend le droit de tous. » Cela est absolument exact et l'on ne peut qu'approuver M. Belot de ne pas voir qu'un maniaque grincheux dans le voyageur qui, s'étant aperçu qu'une. compagnie de chemins de fer a commis une erreur de queÎques centimes dans un prix de billet de parcours, a. soumis le cas aux tribunaux. Que de citoyens, en effet, victimes d'une violation de leur droit, du droit de tous en leur personne, pcsent le dommage qu'ils ont éprouvé et l'effort que nécessitera la réparation, et si l'effort est trop pénible, renonceront à leur droit, et lèseront ainsi le droit de tous, puisque leur abstention encouragera_ d'ultérieures violations du droit! M. G. Belot ajoute : « De l'autorité politique elle-même, le régime démocratique confie une part au citoyen et l'on a droit de croire que cette autorité, il ne l'exerce que par le suffrage. Car, à côté de cette action indirecte, intermittente, restreinte, le citoyen en possède 'Une directe, continue, générale, et même autrement puissante : celle qu'il peut exercer par la diffusion des idées, et l'influence de l'exemple. » La conclusion attendue, imposée est donc celle-ci, et M. Belot ne recule pas devant elle : « L'autorité 1c1 est donc la liberté même.»
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