226 LA REVUE SOCIALISTE a plus bas prix en 1898 qu'en 1897. C'est que l'anarchie de b production et des échanges, en perturbant sans cesse les conditions de la vie, en multipliant l'insécurité qes travailleurs, multiplie le nombre des intermédiaires. Tout marquis veut avoir des pages, disait le bon La Fontaine. Tout paysan ou fils d'ounier ayant par devers lui une avance, si minime soit-elle, veut esquiver les risques de la production agricole ou les chàmages frcquents de l'atelier. Vite il achète un fonds de commerce, et le prix des produits est grevé d'autant. Ainsi s'est démesurément développée, au cours de ses trente dernières années, une classe de prolétaires c9mmerciaux, vivant au jour le jour des prélévations qu'ils exercent sur les denrées qu'ils vendent et dont le nombre s'accroît sans cesse - surtout en France, oü ce qu'on appelle le « petit commerce >> fait tache d'huile. C'est un sauve-qui-peut général des producteurs, désertant le champ de production pour le comptoir et le négoce, oü tous ces fuyards s'entassent, ajoutant encore, par leur nombre, aux embarras déja si grands de la lutte, et aux frais généraux de la production. Les économistes s'en consolent en pensant que tôt ou tard l'équilibre se fait entre la demande et l'offre, la consommation et la production des marchandises données. Seulement, c'est toujours tard et, encore, incomplétement. En attendant, la misère s'abat sur les malheureux qui se débattent dans la nuit. __, * * * Combien les socialistes ont raison de recommander la prudence aux prophètes en mal de prévisions économiques, même lorsqu'ils prétendent étayer leurs pronostics sur des faits calculés, longuement analysés dans leur nombre et leur évolution. A la fin du dix-septième siècle, nous dit dans le Journal des Economistes le docteur Goldstein, de Munich, le statisticien anglais Gregory King supputait, en interrogeant les statistiques de son époque, quel pourrait être l'accroissement de la population anglaise vers l'an 3 500 ou 3600. A son époque, la population urbaine de la Grande-Bretagne s'élevait a I ,400,000 habitants environ et celles des campagnes a 4,100,000; soit au total 5,500,000 habitants. Gregory King pensait, et ses chiffres paraissaient singulièrement audacieux a ses contemporains, que vers 2300, ce chiffre pourrait monter a II millions ; et vers 3 500 ou 3600, atteindre le maximum de 22 millions d'habitants. C'était « un maximum » que la population anglaise ne pourrait pas dépasser, disait-il, parce que le jour oü ce chiffre serait atteint, il y aurait a peine deux acres de surface cultiv'able par tête d'Anglais. Gregory King faisait autorité et son argumentation reposait sur
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