REVUE DES REVUES 227 des données très plausibles, théoriquement fort exactes. A la fin du dix-septième siècle, l'Angleterre était encore un pays agricole. Sa population était presque exclusivement rurale, puisqu'on comptait quatre villes seulement 'ayant une population de 10,000 habitants et au-dessus. Limité aux moyens de subsistance de son sol, le peuple anglais ne pourrait dépasser, évidemment, le chiffre d'habitants que ce sol est capable Je nourrir. Gregory King est d'autant plus excusable d'avoir cru qu'on ne saurait rompre l'équilibre des habitants et des subsistances dans un pays donné, qu'aujourd'hui encore, des écrivains soutiennent cette théorie, comme si les faits ne l'avaient pas démentie depuis longtemps. M. Goldstein cite le cas du statisticien Porter qui dans son livre, Progress of /be Nation, écrivait qu'on « peut remédier à un faible accroissement de population par une importation des autres pays ou par une diminution de la portion qui revient à chaque personne; mais, ajoutait-il, le premier remède est impossible, des que l'augmentation de la population devient considérable ». Nous prenous encore ici en flagrant délit d'inexactitude, attestée par les faits, la méthode rigide adoptée par les économistes pour déduire d'un ensemble de faits mouvants et instables des lois économiques fixes. Théoriquement, la thèse de King, reprise de nos jours par les agrariens, est vraie. Un pays dont la population s'accroît plus rapiciement que les subsistances doit : ou fournir un contingent important à l'émigration par laquelle s'écoule le trop-plein âe ses naissances ; ou voir diminuer la quantité des produits mis à la disposition de chacun, dont la part se réduit proportionnellement à la progression du chiffre des participants ; ou enfin, demander à l'étranger .le quantième de subsistances agricoles qui lui font défaut; or, comme à l'étranger le même phénomène de surpopulation peut se produire, l'approvisionnement extérieur devient dès lors une impossibilité matérielle. Le raisonnement abstrait est d'une logique implacable. En réalité les faits le démentent, comme ils démentent la théorie des subsistances de Malthus, d'une logique non moins irréprochable tant qu'on reste dans le domaine de l'abstraction. C'est que les sociétés sont des organismes vivants ou - pour ne pas abuser de ce mot qui prête à l'équivoque - les phénomènes sociaux évoluent sous l'empire de mille causes nouvelles, a mesure que se modifient les systèmes de production en vigueur. Ces _causes, on peut en saisir l'effet dans le temps et dans l'espace, au moment précis ou elles agissent et en dt'.:terminer les conséquences probables ou possibles, - encore est-on tenu à une prudence excessive tant la plasticité de la matière -vivante qu'elles façonnent est infinie et si grand est le nombre des phénomènes contingents qui peuvent contrarier ou netitraliser l'action des causes les plus apparentes. En tout cas, prétendre
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