224 LA REVUE SOCIALISTE Brésil. Que de perturbations ces ricochets économiques à travers le Pacifique et l'Atlantique ont déchaînées, dont la cause a dû échapper aux malheureux sur qui tombait, en dernier, la tuile venue de plus de trois mille lieues au large! Il n'est pas un phénomène économique, néfaste ou bienfaisant dont l'analyse ne révèle, en fin de compte, l'étroite interdépendance universelle des producteurs, affligés ou réjouis, le plus souvent par des événements dont ils ignorent même_ l'existence. R;en de moins chimérique, donc, que l'affirmation faite par les socialistes de la nécessité de réglementer la production universelle et de substituer à l'anarchie actuelle des forces productives dcchaînées dans des conflits obscurs et meurtriers, gcnérateurs de misères et de catastrophes dont les ondulations se répandent a l'infini, l'ordre et l'harmonie. La crise que subit la production du café, par exemple, est bien la rcsultante de l'effort désordonné dans lequel se traduit l'activité de producteurs aveugles, ignorants des efforts de même nature tentés par les autres producteurs et aboutissant au gâchis universel. Quant à croire, comme le disent les économistes, que le mal contient en soi son propre remcdc, que l'excès de production, en supprimant tout profit, ramènera la fabrication du produit trop abondant a ses limites normales, les faits ne nous apprennent que trop combien illusoires et vaines sontles espérances fondées sur le libre jeu des forces économiques. Il faut des années, au cours desquelles les malaises s'exaspcrcnt, les ruines s'entassent, pour ramener aux limites déterminées par les besoins de la consommation la somme totale des produits fabriqués. Encore s'il s'agit de pro9uits industriels; car lorsqu'il s'agit de produits agricoles, de cultures d'arbustes, c'est par décades d'années qu'on compte les périodes de surproduction, avec son cortège de maux et de douleurs habitue!. Il se passe, en cc moment, pour le café, cc qui s'est passé en France pour la vigne. A la suite du phylloxera qui avait ruiné les vi~ gnobles du bassin méditerranéen de la Provence, la hausse du prix du vin excita à un degré inouï le développement de cette culture dans les départements de !'Hérault d'abord, de l'Aude, de la. Haute-Garonne, du Tarn, des Pyrénées-Orientales ensuite. A mesure que les plants de vigne française s'introduisaient dans les terres sur lesquelles s'étalaient autrefois du blé, des prairies ou des bois, le fléau continuait son ccuvre de destruction et renchérissait de plus en plus le prix du produit. Les paysans et les propriétaires, stimulés par la cherté, défonçaient les terres basses, rasaient les coteaux, défrichaient les garrigues, coupaient les oliviers dans la phine, les bois dans les montagnes, et partout des plants de vigne s'alignaient. Croit-on que, lorsque le grcflagc <lu plant américain sur les plants français eut permis la re-
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