La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

REVUE DES REVUES 223 on comptait 500,000 caféiers âgés au moins d'un an; plus d'un millier de pieds étaient en pépiniére et on en mettait en place plus de 50,000 par mois. On estime, paraît-il, que l'année prochaine, cette colonie pourra exporter-un million de tonnes de café. Pour considérable que soit cet accroissement rapide, c'est peu de chose, comparé à l'extension de la culture du café au Brésil. On a calculé pour ce pays que l'augmentation de la production constatée de 1894- 1897 ayant été de 200 millions de kilogrammes, on a dû, de 1891 à 1893, planter au moins 130 millions de nouveaux pieds de café. Le résultat d'une progression pareille ne s'est pas fait longtemps attendre : le sac de café qui, en 1896, valait, sur la place du Havre, 82 fr. 50 à 88 francs le sac, ne valait plus que de 39 à 56 francs en août 1897; en mai 1898, il est tombé a 34 fr. 50. Les prix extrêmes réalisés sur la place du Havre furent, en avril 1896 pour mai 1896, de 79 fr. 75 a 82 fr. 50 et en avril 1898 pour mai 1898, de 35 à 35 fr. 25. Soit une diminution de prix de plus de 50 °/0 On devine sans peine quels effets lamentables une dépression pareille a produits sur les lieux de production - dans nos colonies, par exemple, ou l'on escomptait le développement et la propagation de cet arbuste pour des profits élevés. Au Brésil, la baisse de prix est envisagée à l'égal d'une catastrophe qui se serait abattue, au dernier moment, sur la récolte et en aurait emporté plus de la moitié; car la différence des prix représente plus de la moitié des bénéfi_cesnets qu'on en espérait. A la Guadeloupe, à la Réunion et à la Martinique, dans cette derniére surtout, le résultat a été identique - c'est pour ces possessions un véritable cataclysme. Qu'on songe aux nombreux intérêts métropolitains attachés à la prospérité de ces îles, et qu'on se représente les désastres de fortune qui ont dû s'ensuivre pour nos compatriotes, là-bas et ici. La France a également ressenti le contre-coup de la débâcle brésilienne : car la chute financiérc de ce pays, qui est allée se précipitant aux cours de ces derniéres années, a été fortement influée par les mécomptes de la Yente du café; or nous avons en France de nombreux porteurs de la dette brésilienne, des chemins de fer brésiliens, qui furent lancés dans le public français par un syndicat francoanglais à la tête duquel se trouvait pour la France, le baron de Reinacli. Ce n'est pas tout : le Portugal a nombre de ses habitants engagés dans des entreprises brésiliennes; de telle sorte que les difficulté économiques ou financiéres qui assaillent cette ancienne colonie portugaise ont un contre-coup direct sur l'état économique et financier du Portugal. L'intensification de la crise que traverse ce dernier pays est le contrecoup immédiat de celle que traverse le Brésil. Et comme nous comptons égalem.ent, en France pas mal de porteurs de titres portugais, nous sommes indirectement intéressés à la situation économique du \

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