La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

, NOTRE DÉCADENCE ÉCONmlIQüE 9 On nous permettra momentanément d'abandonner la critique soci:i.- liste qui s'a"ppliquerait à doses égales à l'Allemagne, au RoyaumeUni, etc., et à notre pays. Dans des conditions identiques, avec un régime social uniforme, les puissances dont nous subissons :i.ujourd'hui la concurrence victorieuse, ont su autrement organiser leurs ressources, stimuler l'activité nationale et multiplier leurs débouchés. Tandis que chez nous, en dépit des lots promulguées, des études faites, des intérêts généraux reconnus, les grandes entreprises de trav:i.ux publics restaient suspendues, paralysées, l'Allemagne poursuivait avec une prodigieuse promptitude l'achévement de ses plans de canalisation, les ·pays-Bas se dotaient d'un port de premier ordre qui l'emporte en circulation sur le premier de nos m:i.rchés. Plus loin, nous produirons une longuè liste des cré:i.tions, des remaniements dont l'urgence chez nous n'était contestée de personne, et que le ~léveloppement éventuel de nos échanges intérieurs et extérieurs exigeait impérieusement. Si l'on recherche la respons:i.bilité des retards apportés à l'exécution, on voit qu'elle incombe aux hommes, au parti politique qui a mis depuis vingt ans la france en coupe réglée et qui n'a cessé de suhordonner a des intérêts personnels, à l'enrichissement de ses affidés, le développement même de l:i. fortune publique et du prestige national. C'est ce parti, que 11ous n'avons pas besoin de designer autrement, qui a donné aux compagnies de chemins de fer un pouvoir sans autre exemple dans le monde. C'est par lui que les droits, les plus légitimes revendications de certaines de nos régions, ont été inclinés devant la voracité d'appétits des actionnaires des voies ferrées, et que les produits étrangers ont pu jouir, à l'entrée, de scandaleux tarifs de faveur; c'est grke à lui que des spéculations privées ont pu parfois faire ajourner des travaux d'utilité générale qui fussent venus ruiner leur attente. Soucieux de dériver vers le dehors, vers on ne sait quel rêve de gloire, l'attention du p,1ys, il a jeté des milliards dans l'abîme colonial. li faisait miroiter à la fois les victoires escomptées et les profits incertains, les « placements de pères de famille». Ainsi le Tonkin, le Dahomey, le Soudan, Madagascar ont dévoré de monstrueux budgets de guerre et de fonctionnarisme outrancier, pendant qu'on abandonnait la colonisation nécessaire du dedans, la mise en valeur des richesses naturelles dont la conquête ne coûtait point de sang, - mais, il est vrai, ne surexcitait point la fureur militariste. L'opportunisme a laissé la France en friche:; il a ouv~rt des crédits illimités à l'aventure coloniale qui jusqu'ici n'a jamais ·engendré le moindre résultat économique (r). (1) Voir dans la Revue socialiste des 15 janYier et 15 février 1898: La Colonisation sous la troisième République. • \

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