La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

154 LA REVUE SOCIALISTE Il faut être en effet aux derniers degrés de l'indigence pour l'obtenir et, d'autre part, le bureau qui l'accorde ou le refuse se livre à un premier et sommaire jugement sur le fond, et cet examen d'un tribunal officieux peut empêcher un malheureux d'aller soutenir son bon droit devant le tribunal officiel. L'égalité politique existe en droit, mais non en fait. Pour obtenir ce droit incomplet, le peuple a dû faire une révolution, et, sauf dans quelques Etats de l'Amérique du Nord et à la Nouvel)e-Zélande, la moitié des êtres humains parvenus à l'àge de majorité sont encore privés de tout droit politique, et ce sont ceux qui s'étonnent le moins de voir des femmes et des enfants figurer le pouvoir politique au sommet des hiérarchies anglaise, hollandaise et espagnole, qui se récrrent le plus à l'idée de donner aux femmes le droit de cité. Ce droit de cité, les prolétaires n'en jouissent pas pleinement. Cc n!est pas seulement l'inégalité politique et sociale qui fausse l'exercice de leur droit, mais aussi l'inégalité de connaissances et de loisirs. Il y a proprement en politique des familles de gouvernants et des familles de gouvernés. Sans même rappeler ici ce qu'on a plaisamment dénommé -les « dynasties républicaines » de la haute bourgeoisie prétcndqe libérale, constatons que dans presque tous nos villages la municipalité, c'est-à-dire en somme le pouvoir politique de cette cité minuscule, est alternativement héréditaire dans deux ou trois familles, et parfois continucmcnt dans une seule. Dans des villes d'une certaine importance, oü la classe ouvrière est organisée et désire suivre une politique de classe, elle ne le peut toujours, parfois faute <l'avoir dans ses rangs des hommes capables de diriger les affaires municipales, parfois é}ussi parce que, les eût-elles, s'ils se mettaient en ayant ils seraient impitoyablement ren,·oy~§ par leur patron et forcés de quitter la ville ou de mourir de faim en se serrant le ventre a\'ec leur écharpe municipale. Mais c'est surtout au point de vue économique qu'il est impossible de contester l'existence des classes, car ici l'égalité de droit est si violemment contredite par l'inégalité de fait, la liberté de droit est si effrontément la sanction de la servitude de fait, qu'il n'y a qu'à constater et passer. Et forcément nous avons un État de classe, un gouvernement de classe. Les lois de l'État sont censées faites par tous et pour tous, mais disons une fois de plus qu'elles ne donnent une part de leur bienfait à tous que d'une manière subsidiaire et par ricochet. Ceux auxquels vont directement et i1~unédiatement les bénéfices des lois sont ceux par qui et pour qui elles sont réellement faites. Les droits de douane, les primes à la navigation et à la production ou à l'exportation de certains produits iront bien, par ricochet, assurer la subsistance de marins, d'ouvriers et ge paysans, garantir des communications rapides entre des points du globe très éloignés, mais l'effet le ,

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