LA CITÉ IDÉALE - même, et toute la différence, aujourd'hui, c'est que l'Angleterre a une législation de classes parce qu'elle reconnaît l'existence des classes, tandis que la France l'imite tout en niant l'existence des classes, ce qui, sans paradoxe, met l'hypocrisie de notre côté. Ce mauvais tour nous est joué par notre idéalisme métaphysique : Nous le faisons flotter dans l'image dè ce qui devrait être et qui est idéalement, en puissance, au lieu de le faire reposer sur le terrain solide des réalités. Cet idéalisme nous a conduits plus avant que les autres peuples dans la conquête des doits civils et politiques; pourquoi aujourd'hui se fait-il que nous sommes en retard sur quelques-uns d'entre eux dans la conquête des droits économiques? Faut-il en accuser la Révolution française, lui reprocher d'avoir été trop systématiquement idéaliste et de n'avoir pas assez exactement calqué le droit sur le fait? Reportons-nous au temps et au milieu et voyons ce qu'il faut retenir de ce reproche. La Révolution affirme ce principe que tous les hommes naissent libres et égaux en droits, et toutes ses lois vont tendre à l'application de ce principe. Ici une grosse erreur: Il est évident aujourd'hui que la liberté et l'égalité sont des acquisitions sociales, qu'elles ne se trouvent pas à l'origine des sociétés humaines, sinon d'une manière tellement précaire et momentanée, qu'elles. n'ont aucune valeur pour les individus qui en jouissent ou plutôt sont censés en jouir. Le sauvage qui erre afL'lmédans une plaine de plusieurs lieues carrées non encore possédée ni appropriée peut être dit proJ?riétaire de cette plaine qui est susceptible de rapporter plusieurs centaines de mille francs par an de pains ou de fourrages, qui recèle peut-être dans son sous-sol pour plusieurs centaines.de millions d'or, de cuivre ou de houille. Il meurt cependant de faim sur ces richesses en puissance ou inemployées, j1;1squ'àce que la coopération sociale les produise au grand jour, bien heureux de cueillir quelques baies aux arbustes et de ramasser quelques vermisseaux pour ne pas tomber d'inanition au milieu de ces richesses qu'il ignore et ignorera sans doute toujours. Il n'est donc pas riche, et personne ne peut le dire tel. Son indépendance sans cesse menacée par des errants aussi affamés que lui ne lui permet pas davantage de se dire libre vis-à-vis d'eux et égal a eux. La force seule établira entre eux et lui des rapports et si un contrat intervient pour les pacifier, c'est le plus fort qui le dictera au plus faible. Est-ce là le contrat social? Non, puisque le caractère essentiel du contrat est de ne pouvoir s'engager qu'entre égaux. Ce n'est que par une série de combats entrepris par les plus faibles pour rompre le contrat imposé par les plus forts que ce contrat unilatéral prendra son caractère bilatéral qui en fait un véritable contrat. Au moment initial de la Révolution française, une seule classe a conscience de son intérêt à reviser le contrat : le Tiers-État. Il abolit les privilèges des autres classes, clergé et noblesse; et oublie --
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