La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE entre la forme politique et la forme économique, et celle-ci influencer et fausser celle-là sinon dans son aspect, du moins, et c'est plus grave, dans son caractère même. L'organe politique de la Cité est plus perfectionné qu'en Orient où les institutions économiques sont en harmonie avec les institutions politiques. Mais, en somme, cette désharmonie dont nous souffrons en Occident est ce qui nous préserve de la stagnation morbide où sont les races orientales. La dernière évolution '1e l'organe économique moderne s'étant accomplie avec une plus grande rapidité que l'évolution de l'organe politique, l'independance, l'insolidarité qu'attestent la concurrence et le « laissez-faire, laissezpasser » a permis aux mieux armés pour la lutte d'asservir d'abord les artisans, puis, à mesure de chaque progrès remplaçant l'outil par la machine et l'atelier par l'usine, d'éliminer du champ industriel les adversaires moins bien armes. Ici intervient fort légitimement la démocratie pour instituer dans le régime cconomique un état organique adéquat à l'état organique du régime politique, pour remplacer l'indépendance qui pléthorise de liberté une minorité et asservit <leplus en plus l'immense majorité, par la liberté qui sera garantie à tous dans la mesure où elle est compatible avec le régime des classes jusqu'à ce qu'elle les ait finalement fondues dans l'égalité parfaite, seule garantie réelle de liberté pour tous et pour chacun. I II LA LUTTE DES CLASSES Afin <lepouvoir nier la lutte des classes, les théoriciens politiques nient l'existence des classes elles-mêmes. C'est de la science à la portée intellectuelle des autruches. Les hommes de notre temps exigent avec raison que b science ne méprise pas les faits, et ils ne la reconnaissent telle qu'à ce caractère essentiel. Théoriquement, idéalement, les classes sont abolies en France depuis la Révolution. Mais pratiquement, réellement, elles existent, et ce ne sont pas des paroles qui ont le pouvoir de les supprimer. Notre droit moderne, dans ses principes généraux, ne reconnaît pas de classes, cela est incontestable. Mais il est non moins incontestable que ses applications sous forme de lois se ressentent de l'existence très réelle des classes. Prenons, par exem pie, l'Angleterre, nation positive où le droit est toujour•s l'expression adéquate au fait. Elle n'a pas unifié dans une légalité abstraite des citoyens prétendus égaux. Constatant l'existence des classes sociales, subissant leurs actions et réactions, elle a donné à chacune d'elles u~ législation appropriée. C'est d'ailleurs, sans l'avouer, ce qu'a fait la France elle•

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