La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

NOTRE DÉCADENCE ÉCONOMIQUE 7 que la ChambFe de 1898, élue en pleine crise du pain, parmi les protestations véhémentes des municipalités des grandes villes, affiche autant d'intransigeance. La dépression de nos échanges a été consignée, prouvée, sinon expliquée, à la fin de l'année dernière, par un document parlementaire dont la presse quotidienne s'est sur le champ emparée. Nous voulons parler du rapport de M. Charles Roux - alors député de Marseille - sur le budget du commerce. M. Charles Roux n'est pas des nôtres; il appartenait à la majorité rétrograde qui soutenait M. Méline, et qui, dans tous les ordres d'idées, au dedans etau dehors; a valu à la troisit:me République un scandaleux abaissement. Le document auquel nous faisons allusion a eu toutefois le mérite de rouvrir un procès que les opportunistes libre-échangistes et leurs org:ines - le Tt'11Jps et les Débats en particulier - avaient fermé durant deux ans, par dcfércncc pour le président du Conseil, - sinon par intérêt de c,assc. La crise que la France traverse depuis 1891 a été sans cesse s'aggravant. En prenant les chiffres du commc1:ce extcrieur, on essaiera peut-être de dire, sans la nier, qu'elle est restce stationnaire. Mais en prés~nce des progrès constants de nos rivaux, la stagnation même de nos exportations nous constitue une inférioritc qui va s'accentuant d'année en année, tandis qu'elle perme't à des États considérés comme secondaires de se rapprocher méthodiquement de nos propres totaux. Notre décadenc ne se marque pas d'ailleurs seulement dans nos ventes à l'étranger: elle se trahit également, et de façon plus saisissante encore, dans la statistique de nos ports, de notre marine marchande, dans le mouvement général de nos services de transports. Il ne faut point s'illusionner : la France est en recul. Nous en avons assez dit pour laisser entendre que cette dépression n'est pas commhne :\ toutes les nations, mais qu'au contraire elle nous est spéciale, ou que tout au moins, elle nous a frappés'avec une particulière intensité. Ç'a été le grand argument des protectionnistes, dans les années qui suivirent immédiatement la mise en vigueur du tarif de 1892, d'alléguer les réductions sensibles qu'accusaient les tableaux douaniers. de l'Ancien et du Nouveau Monde. Il y a eu en effet pour plusieurs raisons, - et les modifications, en sens divers, des systèmes de la plupart des puissances n'y sont pas étrangères, - une série de deux ou trois années mauvaises pour tous les peuples. En 1892, 1893, 1894, même au début de 1895, les échange~ se sont partout restreints, mais il convient. d'ajouter sans retard que les atteintes n'ont pas été partout égales, et que la France a infiniment plus souffert que ses concurrents. La fin de 1895 et r 896 ont été au contraire signalés par une universelle reprise des affaires, par une recrudescence des achats et des ventes qui ont porté les statistiques commeociales de \ I

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