La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE la classe qui veut dominer et celle qui ne veut pas être dominée; c'est donc dans leur fusion que naîtra seulement la sympathie entre tous et que se développera la liberté de chacun. Donc, et en attendant que le règne de la démocratie se complète et mette d'accord le droit et le fait, ce qui importe, ce n'est pas de renforcer ou de maintenir les lois qui protègent la classe possédante·, mais d'en faire qui constituent à chaque membre du corps social les garanties réelles de la liberté idéale que le statut général lui reconnaît. Tant que la classe possédante règne sans partage, elle édicte des lois pour elle, et ce n'est que subsidiairement que ces lois se trouvent d'accord avec l'intérêt public dont pourtant elles se couvrent. Reconnaissons qu'elle est sincère quand elle identifie son intérêt à l'intérêt public et que les apparences peuvent lui donner raison. Ne dit-on pas couramment : La richesse publique de telle nation est de tant de milliards? Cela veut dire : Les propriétaires de telle nation possèdent tant de milliards. Non que les propriétaires excluent de la nation les prolétaires. Ils seraient plutôt tentés de les y incorporer à l'état de valeurs productives dans l'évaluation <lela richesse prétendue publique, c'est-à-dire de leurs richesses. Même quand des membres de la classe possédante reconnaissent aux non possédants, aux prolétaires, une personnalité économique et sociale autonome, ils se considèrent comme tellement indispensables à la production et a l'entretien de la richesse publique qu'ils disent couramment: Mon capital fait Yivre tant d'ouvriers. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que la classe possédante croie la prospérité publique attachée à la sienne propre. D'autant plus qu'il en est réellement ainsi en fait général : l'ouvrier d'une usine est bien en antagonisme avec son patron dans le débat du salaire, dans la défense de son chétif droit politique; mais ils sont tous deux solidaires devant la concurrence de l'usine rivale, car si le patron est ruiné l'ouvrier sera sur le pavé. Passons à un pôle opposé de civilisation : Des esclaves noirs sont aux mains d'un maître cruel et féroce. S'ils pouvaient l'étrangler ou lui servir de mauvais caïé, ils le feraient avec volupté'. Survient un ennemi bien armé. Vont-ils se joindre à lui pour terrasser leurs tyrans? Non, parce qu'ils ignorent ce que sera la tyrannie de ce nouveau maître. Ils se joindront donc à leur maître et le défendront contre l'envahisseur, quitte à reprendre après le combat leurs projets de complets pour se débarrasser de leur servitude. Ainsi font instinctivement les prolétaires, pour lesquels l'idéal n'est pas de changer de patron, mais d'être un jonr leurs propres patrons. Mais, en attendant qu'ils puissent se passer de patrons, il faut limiter le pouvoir de ceux qui existent. C'est la tâche de la démocratie, qui édicte des lois pour soulager la détresse du plus grand nombre et diminuer le fardeau d'op- ·pression qui pèse sur lui. C'est alors que la classe possédante intervient

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