,, LA CITÉ IDÉALE 147 surpris. M: Herbert Spencer, entre autres, à qui nous devons de si magnifiques aperçus sur la liberté finale, préconise l'abstention de la loi, par une confusion entre le gouvernem~nt et l'État, qu'il eût dû être le dernier à faire. Dans toutes les Cités où ne règne pas la démocratie pure, le gouvernement est aux mains de la classe possédante, la richesse étant p'artout le moyen de pouvoir par excellence. Même-dans celles oü la démocratie régne, c'est la classe possédante qui gouverne. Ces trois choses : la Cité, l'État, le Gouvernement, sont bien distinctes. La Cité, c'est l'ensemble des citoyens; l'État, l'organe protecteur et régulateur de leur activité ; le Gouvernement, le mécanisme moteur de l'État. Qui tient le Gouvernement dirige i'État et domine la Cité. De ce que le gouvernement de l'État a presque toujours été et est encore aujourd'hui complétemenl aux mains de la classe possédante, s'ensuit-il que la liberté réalisée dans toutes ses conditions pour tous les citoyens laissera le gouvernement aux mains de cette classe? Que le Gouvernement ayant toujours été un 'gouvernement- de classe ne peut être autre chose ? C~rtes un gouvernement de classe met l'État au service de sa classe et non au service de la Cité. Certes encore, même quand la ùémocratie occupe réellement le gouvernement, ainsi que cela s'est vh à certains moments dans les Cités antiques, il y a danger qu'elle ne gouverne pour la class·epauvre contre la classe riche, mais ce danger n'existe que parce que la démocratie ne va que jusqu'à la moitié de sa mission. Elle ne songe pas à fondre les classes dans l'égalité, mais à venger l'oppression des pauvres par l'oppression des riches. La démocratie athénienne, notamment•, procédait À l'égard des riches, comme nos rois du Moyen-Age à 1:égard des juifs usuriers, co1~me les sultans a l'égard de leurs pachas exacteurs et pillards. Elle leur faisait dégorger leurs richesses quand elles atteignaient un certain •étiage, mais se fût bien gardée de tarir les sources de l'enrichissement individuel. Tant que durent les classes, évidemment la démocratie ne peut être qu'un gouvernement de classe; mais la démocratie moderne, dont les principes fondamentaux sont la négation même des classes, doit avoir pour tâche essentielle de les faire disparaître en fait comme elles ont disparu en droit. C'est par cette voie, et uniquement par elle, que nous irons au régime de self-government prédit par Spencer lui-même. On conçoit fort bien, en effet, que la souveraineté de chaque individu ne peut sortir que de la suppression des classes, attendu que, tanr qu'elles existeront, elles seront en lutte pour la possession du gouvernement et elles feront du gouvernement une •arme contre leurs adversaires. Comme le dit lui-même le penseur anglais, nous n'aurons le self-government que « quand chaque homme unira dans son cœur a un amour actif pour la liberté des sentiments de sympathie pour ses semblables». Nulle sympathie n'est possible entre
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