LA CITÉ IDÉALE 145 pendance vont se multipliant entre les nations parvenues au même plan de civilisation, ayant un concept moral identique et des intérêts économiques sensibleme~1t égaux a sauvegarder. L'ensemble de ces limitations forme un noyau de liberté internationale qui ira grandissant jusqu'à ce qu'il contienne tous les rapports, sans aucune exception, entre les n;ttions et transforme leur indépendance inorganique. et précaire, telle l'indépendance respective des États de l'Europe, en une liberté consentie et durable, fondée sur des droits respectifs et garantie par l'observation de principes communs, telle la liberté mutuelle des États-Unis d'Amérique. II LES CONDITIONS DE LA LIBERTÉ Au point de vue social, sous ses divers aspects : économique, civil, politique et moral, l'homme est réputé libre quand l'action d'un autre homme ne vient pas empêcher, modifier ou commander son action, quand la volonté d'un autre homme ne vient pas entraver, influencer ou déterminer sa volonté. En effet, être soumis à autrui, c'est être en servitude, et il suffit qu'on soit en servitude sur un seul point pour que la liberté sur les autres points en soit amoindrie et même anéantie. Ainsi, l'ouvrier de fabrique dont le patron se mêle de poli- . tique pourra être conduit au vote par son contre-maître. La liberté politique de cet ouvrier est donc nulle. Osera-t-il soutenèr un procès de mitoyenneté contre son patron? Non évidemment. Sa liberté civile est donc nulle. Cependant les lois garantissent sa liberté politique et sa liberté civile. Si le patron lui prend ;sa [femme ou sa fille, osera-t-il protester? Pas toujours. Sa liberté morale est donc limitée et peut même être abolie. Ce que l'homme asservi veut, quand il aspire a la liberté complète, c'est de ne plus dépendre: d'un autre homme dan~ aucun de ses actes. Cette aspiration est aussi ancienne que l'humanité. Mais jusqu'à présent la généralité des hommes, il faut le répéter, n'ont rêvé leur émancipation personnelle que par des moyens personnels limités à eux-mêmes. C'est donc à l'indépendance plutôt qu'a la liberté qu'ils ont aspiré. Leur individualisme est un résultat de leur ignorance des conditions générales de leur milieu et de la place réelle qu'ils y occupent. L'aspiration inconsciente a se délivrer de toute sujétion par l'effet personnel peut conduire un individu sur cent à un état Jelatif d'indépendance. L'aspiration consciente à la libe_rtépeut délivrer tous les individus ~e toute sujétion personnelle, car elle. se traduira nécessaireinent par· un effort collectif. Dans l'état de société, l'indépendance des uns est conditionnée par la: dépetJdance, ·_des autres; la 10
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