La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA CITÉ IDÉALE 143 en procurer, nous ferons ce que nous voudrons et nous nous débarrasserons de notre fièvre. Être libre équivaut donc a pouYoir cc que l'on veut, étant donné que l'on ne peut vouloir que dans les limites intérieures de la connaissance et extérieures des possibilités. Ainsi restreint, le champ de la liberté paraîtra ridiculement mesquin aux philosophes du libre arbitre, mais il acquiert un caractcre de précision et de réalité qu'ils n'ont jamais su donner au vàgue et trop vaste empire sur lequel est censée régner leur figuration idéale. Ainsi conçue, la liberté ne peut être abstraite des moyens sur et par lesquels nous l'exerçons. Physiologiquement, un homme bien portant est plus libre de se mouvoir qu'un valétudinaire; politiquement un citoyen est plus libre qu'un esclave ou un étranger; socialement, un riche est plus libre qu'un pauvre. Mais entre hommes bien portants, celui qui connaîtra les lois de son organisme, mesurera son effort, é,,itera les exccs et les privations en appliquant les régies d'une hygiène bien entendue, sera plus libre de se mouvoir dans l'espace et dans la durée que celui dont la force et la santé se gaspillent désordonnément. En sorte que l'on reconnaît la liberté a ce signe, qu'elle ne se tourne jamais contre celui qui l'emploie, mais au contraire le met a même de se procurer le maximum de satisfaction conforme a son organisme. Il ne s'agit ici que de cette liberté, évidemment toutê relative, et qu'on pourrait appeler plus exactement autodétermination puisqu'elle est subordonnée a notre degré de connaissance et aux objets dans lesquels nous cherchons nos satisfactions. De plus, ne l'oublions pas, afin de ne pas nous égarer dans les déserts de la métaphysique, il ne iagit pas de la liberté en soi, mais de la liberté de l'homme mis en contact avec ses semblables et aYec les choses, et des garanties ou des obstacles que cette liberté trouve dans l'état de société. En demeurant a ce point de vue, nous pouvons emprunter à Renan une formule qu'il appliquait au divin et dire que l'homme a créé la liberté et l'a développée à mesure de son propre développement. Les sauvages qui vivent dans l'état de société le plus rudimentaire nous ont été présentés par les philosophes du dix-huitième siècle comme les plus libres des hommes; en réalité, ils sont au plus bas degré sur l'échelle de la libe1 té : ils ne peuvent se protéger ni des animaux féroces ni des intemperies, les épidémies et les famines les trouvent sans defense comme sans prevoyance, ils sont a la merci de plus forts qu'eux, l'homme opprimant la femme, l'homme opprimant l'homme, sans que ces tristes oppresseurs, chétifs tyrans, puissent échapper à la servitude de ;vingt fatalites naturelles que nos civilisations ont vaincues ou tout au moins atténuées dans la personne du dernier d'entre nous. Plus les hommes sont civilisés et plus nombreuses sont les manifestations de leur activité, plus variés les moyens de satisfaire leurs besoins et d'ac-

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