La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

142 LA REVUE SOCIALISTE ·--------------------------- tages ou même un moyen compressif pour ses bénéficiaires primitifs. Toute cité où règne l'inégalité des conditions et des moyens d'action entre les classes et entre les individus ne peut exister que par la constitution de privileges, de quelque 11011q1u'on les décore, et tous luttent pour le maintien ou le développement de ce~ « lois privées >> moyennant lesquelles chacun trouve les garanties de sa liberté dans les limites, non cle ses facultés, mais du cadre social auquel il est incorporé. Même en notre temps, ou des lois égales sont censées appliquées indistinctement a tous, il en est ainsi, avec cette différence qu'au temps ou la rnasse du peuple comptait pour peu ou pour rien dans la Cité, les privilèges se formaient au profit de la minorité possédante et gouvernante, et accentuaient encore l'inégalité des conditions; tandis qu'aujourd'hui la masse du peuple tend a obtenir, non des lois égales pour tous, mais des lois spéciales, des privilèges, par lesquels se corrigent les inégalités de conditions qui leur deviennent de moins en moins supportables a mesure qu'ils ont davantage conscience de l'injustice qui est a leur 01igine et a leur fin. Elle ne veut plus seulement, alors, les libertés attachées a sa condition inférieure; ce n'est plus seulement dans son cadre de classe qu'elle entend se mouvoir, mais dans le cadre de la Cité tout entière. Et si, en dépit du décret d'égalité idéale que les lois affirment et que les faits nient, elle demande des statuts spF-ciaux, c'est précisément pour qu'a l'inégalité des conditions corresponde en sens inverse l'inégalité de législation, afin d'établir l'équilibre entre les classes dans la Cité, afin que les charges qui pèsent sur l'une soient reportées sur l'autre et que les avantages dont jouit l'une soient assurées a l'autre. • C'est ici le moment de définir la liberté. Sans offenser la science, sans s'écarter des reglcs du déterminisme le plus rigoureux, on peut dire que la liberté est le pouvoir de faire ce qu'on veut. Pour railler les tenants du libre arbitre, Spinosa disait, aux termes pres : Nous savons ce que nous voulons, mais nous ne savons pas pourquoi; notre liberté humaine n'est gu'ignorance des causes de nos actes. Il est incontestable que c'est parmi ceux qui sont le moins capables de relier les effets aux causes que se trouvent les plus résolus partisans du libre arbitre. Mais si nous considérons gue par la connaissance des causes nous acquérons la faculté de nous déterminer dans le sens le plus conforme a notre interêt, nous reconnaîtrons qu'une personne éclairée est plus libre que celle qui ignore ou est son int<.':rêtet en quoi consistent les moyens de le satisfaire. Nous avons la fièvre et nous voulons nous en débarrasser; y parviendrons-nous si, pour toute cure, nous brûlons un cierge sur l'autel d'un saint quelconque? Il tombe sous le sens que si d'une part nous connaissons les propriétés de la quinine et si d'autre part nous avons les moyens de nous

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