136 LA REVUE SOCIALISTE en 1896. On sait qu'alors, au nom du groupe socialiste, Jaurês fit les plus amples réserves et déposa un projet autrement large que celui du gouvernement. Il ne nous suffirait point de mettre à la place de la personnellemobilière et des portes et fenêtres une contribution du revenu qui produirait 150 millions ou un peu plus chaque année. Un pareil impôt resterait toujours impôt de superposition pour une grande partie de la population. Pour intéresser vraiment le prolétariat, et si l'on veut, la classe moyenne des villes et des campagnes, la réforme fiscale doit englober aussi bien les patentes et l'impôt foncier. Pour le petit commerçant, la patente est autrement onéreuse que les portes et fenêtres, car elle le frappe en tout état de cause, et quel que soit le résultat de son inventaire. Les modifications qu'on a préconisées récemment à la Chambre pour améliorer cette contribution de l'industrie et du négoce n'ont pas grande valeur au regard de la théorie et de l'équité. Elles ont le désavantage de ne reposer sur aucune vue d'ensemble, et de sembler faites, non pas au profit de la masse, mais contre trois ou quatre grandes maisons dont les revenus sont inférieurs à ceux d'industriels moins connus. Qu'importe, sous le rapport de la justice, que tel magasin ait une spécialité exclusiYe, que d'autres en rassemblent cinq, huit, quatorze? Le législateur doit s'occuper avant tout du nivellement des charges. Si telle personne gagne 500,000 francs par an en vendant des diamants, et telle autre une somme égale en vendant à la fois des meubles, des comestibles et des objets d'habillement, une fiscalité bien comprise s'inquiétera uniquement de la quotité des revenus. Ç'a été l'habileté d'une certaine catégorie de députés et de publicistes d'égarer l'opinion et de dériver sur trois ou quatre grandes maisons le courant d'indignation qui n'a cessé de grândir contre d'extraordinaires immunités. Mais la petite bourgeoisie s'estelle laissé prendre à ce grossier trompe-l'œil, et lâchera-t-elle la proie pour l'ombre, c'est-à-dire l'impôt du revenu pour la surtaxe des magasins de nouveautés ? De même pour la classe paysanne, l'impôt foncier est bien plus écrasant que la personnelle-mobilière. Le dégrèvement que M. Méline a fait voter pour les petites cotes en 1897, et qui, dans la pensée du « père de l'agriculture», devait illusionner l'agriculture, n'aura presque ·aucun effet utile, et dès maintenant nos petits propriétaires s'aperçoivent de leur erreur. Les atténuations d'impôt n'ont pas été calculées avec sagacité; et il était au surplus impossible de procéder avec quelque méthode. Les cotes. de même importance correspondent suivant - les départements, les communes, et les contribuables, aux revenus les plus variés. Il se peut très bien qu'ici une contribution de dix francs représente un revenu de trente francs et que là elle exprime un revenu de
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